Lettre de Mgr Eric de Moulins-Beaufort aux diocésains pour l'Avent - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Lettre de Mgr Eric de Moulins-Beaufort aux diocésains pour l’Avent

Malgré tout, un Avent d’espérance

Chers Frères, chères Sœurs, chers amis,

A l’heure où je vous écris, je ne sais pas exactement comment nous vivrons cet Avent. Sous un certain degré de confinement, une attestation de justification du moindre déplacement dans la poche, sans doute. Rassurés quant à la possibilité de nous réunir en famille à Noël, pas sûr. Peut-être pourrons-nous nous rassembler pour les Messes dominicales, mais peut-être pas aussi, ou alors avec des restrictions pénibles.

Résignation, inquiétude, angoisse, s’agitent en nous depuis des mois ; aujourd’hui, et c’est plutôt nouveau, quelques-uns éprouvent de la colère ou de l’exaspération. La fermeture maintenue d’un certain nombre d’activités économiques met en colère ceux qui les font vivre et qui avaient fait des efforts pour respecter les règles sanitaires. L’interdiction de célébrer des offices ou l’impossibilité de le faire exaspère. Beaucoup de catholiques (et pas seulement de catholiques) ont eu l’impression que les pouvoirs publics se refusaient à reconnaître la spécificité du culte : par la prière liturgique, le Corps du Christ se nourrit, se renouvelle, se fortifie, le cœur des croyants en lui se dilate et se purifie, l’intercession monte « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Nous sentons que la privation des assemblées liturgiques risque d’user quelque chose, sans doute pas dans notre attachement au Christ Seigneur mais dans notre manière de nous reconnaitre membres vivants de son Corps, liés à tous les autres, pour aller infuser dans le monde la charité à travers nos actes et apporter de l’espérance par notre manière d’être et d’aller vers les autres.

Cet Avent, nous le vivons en ayant au cœur les noms de Vincent Loquès, Simone Barreto-Silva et Nadine Devillers, trois personnes assassinées simplement parce qu’elles se trouvaient dans une église à prier, tout autant que celui de Samuel Paty, enseignant égorgé parce qu’enseignant français. La Nation leur a rendu hommage. L’islamisme mondialisé a été désigné clairement comme le promoteur de ces crimes. Nous n’oublions pas ce qui s’est passé à Vienne le lundi suivant ni les personnes qui ont été victimes d’autres attentats ces dernières années, nous n’oublions pas leurs proches. Nous sommes tous conscients que de telles attaques sont susceptibles de se produire partout.

Je l’ai dit au moment de l’attentat de Nice : la peur et la colère sont des sentiments spontanés, elles signalent un danger, une menace, il ne faut pas les mépriser. Il ne faut pas en avoir honte. Mais un chrétien, moins encore que tout autre humain, ne doit pas s’en laisser dominer. Que fais-je de ma colère ? Que fais-je de ma peur ? Comment puis-je les transformer en énergie vers le meilleur ?

Nous pouvons avoir l’impression que, décidément, tout se répète, que la violence rôde partout et toujours, et sans doute avec elle l’injustice et les coups du sort. Pourtant, chaque année, l’Avent de nous fait célébrer ce que nous avons du mal à voir : à travers les siècles, quelque chose se construit, l’œuvre de Dieu s’édifie. En Jésus le Fils de Dieu est entré dans notre histoire pour la saisir tout entière et la tirer vers le Père. A vue humaine, aujourd’hui, l’humanité ne semble pas avancer vers un mieux ; l’Église du Christ s’affaiblit de bien des côtés. Comment pouvons-nous, ensemble et chacun pour sa part, œuvrer à la croissance de l’œuvre du Christ ?

Je propose trois pistes de réflexion et d’action que le mystère de l’Incarnation nous oblige à parcourir inlassablement :

-chaque être humain est regardé par Dieu, attendu par lui. Les différences de statut social, la variété des compétences, les origines culturelles n’y changent rien. Tout être humain est appelé à participer à la communion éternelle. En ce temps de confinement, de lassitude et d’inquiétude mêlées, réjouissons-nous d’être faits pour la vie éternelle. Ce que nous vivons ici-bas, même le plus simple, prépare l’intensité de la vie que nous connaîtrons en Dieu. Notre manière de vivre peut indiquer à beaucoup qu’ils sont faits pour vivre pour toujours. En Jésus, Dieu a vécu beaucoup de nos actes et de nos situations les plus ordinaires ;

-quoi qu’un être humain ait fait, un chemin vers Dieu lui est ouvert. Il suffit d’accepter de se reconnaître pécheur, de reconnaître avoir besoin d’un libérateur, d’un médecin, d’un sauveur. Si grave ait pu être sa faute, alors il ou elle pourra être repris ou reprise par le Christ en Dieu. Nous sommes étonnés, voire effrayés des choix de vie de certains qui nous entourent, et il y a de quoi. Des lois effacent la frontière entre le bien et le mal, ne voulant d’autre différence qu’entre ce qui est possible et ce qui ne l’est pas encore, et cela nous inquiète pour l’avenir de l’humanité. Pourtant, ne regardons jamais les pécheurs avec mépris ni même avec colère ; osons choisir le bien que nous voyons avec action de grâce, croyons que le moindre acte qui nous détourne du péché a une portée pour l’histoire totale de l’humanité. Comment Jésus enfant, adolescent, adulte, regardait-il les autres ?

-le pouvoir politique, la puissance économique, le prestige culturel ne sont pas le dernier mot des êtres humains sur eux-mêmes ; compte beaucoup plus la liberté intérieure de chacun, la capacité de chacun de choisir le bien et même le meilleur. Le pouvoir, la richesse, la culture ne valent vraiment que par la charité, c’est-à-dire le don de soi pour les autres, qui s’y exprime. Jésus est roi et prêtre et prophète à partir de ce qu’il est au plus profond de lui-même. Qui suis-je et qui veux-je être ?

Dans un temps troublé et agité, recueillons quelques traces d’espérance et faisons de notre Avent un chemin vers elle.

-D’abord, à l’échelon diocésain, sachez que trois « missions itinérantes » ont eu lieu : autour de Tournes, dans les Ardennes, en juillet ; dans le quartier Croix-Rouge à Reims mi-octobre ; dans la Thiérache ensuite. Chaque fois, ce fut modeste et réjouissant, humble et exaltant. A travers les « missionnaires », le Christ a passé. Tout n’est pas transformé, loin s’en faut, mais ce qui a été semé est en terre. Chaque « missionnaire » pourrai vous raconter quelque chose. Le confinement ne se prête guère à lancer une mission. Mais il n’empêche pas de prier pour la prochaine, de demander que vienne la « rosée du ciel » sur tel village, sur telle maison, d’entrer dans le désir de Dieu de rejoindre chacun ;

-J’avais espéré rassembler les membres des conseils d’animation missionnaire, des conseils locaux, des conseils économiques et des équipes pastorales d’abord à la Pentecôte, puis le 3 octobre, veille de Saint-Remi. Il a fallu renoncer. Nous nous rassemblerons pourtant, le 17 avril prochain, sous une forme adaptée selon les précautions sanitaires qui s’appliqueront, sans doute par espaces missionnaires, tous reliés par les prodiges de la technologie, nous verrons ;

-La liturgie, au long des jours de la semaine, nous fait entendre les prophéties d’Isaïe. Écoutons-les, lisons-les. Dieu veut nous donner tout cela. Profitez des propositions de votre espace missionnaire, du diocèse, de qui vous inspire. Que chaque jour de l’Avent nous dispose un peu plus intérieurement et extérieurement pour la joie, la grande surprise de Noël. Regardons chaque lumière dans la nuit comme une promesse qui ne trompe pas ;

 -Se presser dans les magasins pour trouver les cadeaux à offrir et à demander n’est peut-être pas possible. Imaginons une manière un peu différente de préparer les fêtes ! Choisir les cadeaux plus calmement, prendre le temps de prier pour chacun de ceux ou celles à qui nous les destinons, réfléchir un peu ce que nous choisissons pour telle personne. Préparer des douceurs à envoyer par la Poste à ceux de nos proches que nous ne verrons pas ou même à des voisins isolés. Avançons dans une charité inventive ;

-Célébrons le pardon de Dieu dans le sacrement de réconciliation. Le confinement ne nous en empêche pas ; il nous fournit peut-être le temps d’un examen de conscience et aller voir un prêtre est une occasion de sortie. C’est toujours aller vers Jésus pour recevoir ce qu’il a à nous donner. C’est contribuer à rendre l’humanité plus attentive à ce que Celui qui vient lui donne déjà et lui promet encore.

Nous souffrons de voir beaucoup autour de nous ne pas s’intéresser à Jésus, nous nous inquiétons de voir d’autres religions ou l’absence de religion gagner les cœurs et les esprits. Ne vivons cependant pas dans la peur : Jésus est le Seigneur. Il a commencé tout petit pour mieux saisir l’humanité de l’intérieur. Il compte en revanche sur notre fidélité, sur notre persévérance, sur notre espérance. Invisiblement, ou peu visiblement, il pénètre l’humanité et la fait réagir. Dans les troubles du temps présent, de la colère et de la frustration s’expriment, cela se comprend. Mais n’oublions pas l’essentiel : en Jésus, Dieu est venu jusqu’en nous, et rien ne peut défaire ce lien-là. Dans le soir de Noël, quelle joie de le contempler dans la crèche, de regarder Dieu le Fils se confiant à notre affection comme il se confie éternellement au Père !

                                                                                         +Eric de Moulins-Beaufort

Cette lettre est à retrouver dans le bulletin mensuel du diocèse que vous pouvez télécharger ci-dessous.


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