Homélie pour l’Épiphanie à l’occasion de l’installation de l’Espace missionnaire Charleville-Mézières, dimanche 5 janvier 2020 - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Homélie pour l’Épiphanie à l’occasion de l’installation de l’Espace missionnaire Charleville-Mézières, dimanche 5 janvier 2020

Homélie pour la solennité de l’Épiphanie du Seigneur, le dimanche 5 janvier 2020, en l’église Saint-Rémi de Charleville-Mézières, installation de l’équipe pastorale dans l’Espace missionnaire de Charleville-Mézières.

« Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie ». Connaître une joie si grande qu’elle mérite la redondance : « se réjouir d’une très grande joie », voilà qui est désirable au seuil d’une année nouvelle. D’où vient la joie, la très grande joie, des mages ? L’étoile s’est arrêtée « au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant ». Ils sont donc parvenus au terme de leur voyage alors qu’ils avaient peut-être, pendant quelques jours, désespéré de trouver celui qu’ils cherchaient. Mais que cherchaient-ils, que pouvaient-ils espérer d’un roi des Juifs à peine né, au point de se lancer dans une telle aventure ?

S’ils venaient, comme leur nom de « mages » le laisse penser, de la Perse, l’Iran actuel, ils croyaient sans doute à une fin du monde, mais ils ne pouvaient concevoir cette fin du monde que comme une catastrophe cosmique, une extinction du système solaire, dans laquelle l’humanité serait emportée comme toute autre réalité, une catastrophe à laquelle nul ne pourrait rien, dont les plus savants ou les plus attentifs auraient tout juste le pouvoir de déterminer la date et de savoir, qu’après un cycle achevé, un autre cycle prendrait le relais. Le peuple d’Israël, lui, porte une tout autre attente qui est une espérance pour tous les peuples. Le peuple d’Israël croit, lui, que l’histoire du monde va vers une fin, mais il croit surtout qu’elle a une finalité, un but, qu’elle débouche sur une vie plus vivante encore. Le peuple d’Israël croit que l’univers vient de la bonté du Dieu créateur et que, par la puissance et la miséricorde du Créateur, les êtres humains ne tombent pas dans le néant, que tout ne disparaît pas dans les catastrophes, que la liberté des hommes n’est pas faite pour mourir mais pour entrer dans une alliance toujours plus profonde avec le Dieu vivant. Le peuple d’Israël, parmi tous les peuples de la terre, est celui qui croit l’histoire humaine n’est pas seulement un chaos dont les plus forts peuvent essayer de profiter au moins un certain temps, mais qu’elle est une histoire vraiment, qu’il s’y édifie une réalité plus grande et plus belle, que tout dépend au bout du compte de l’engagement de la liberté de chacun et de tous.

Qu’apporte alors l’enfant dont les mages ont vu l’étoile se lever, l’enfant qu’ils trouvent dans la maison, avec Marie sa mère ? Cet enfant-là vient assurer que chaque être humain compte pour Dieu et pour l’humanité entière ; que chacun vient enrichir la communion des tous les êtres humains ; qu’un être humain, si fragile ou abîmée soit son existence, si méprisé soit-il par les autres, si douloureux soit-il à cause de l’injustice du sort ou de violence des autres, est toujours un don fait à tous les autres et est promis à apporter de la joie à tous pour l’éternité. Il vient, cet enfant, se jeter dans la balance, pour que cette espérance soit vraie, mais aussi qu’elle soit juste et réjouissante. Saint Paul, l’apôtre des nations, l’a proclamé pour nous : « Le mystère – c’est-à-dire le grand dessein de Dieu, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ».

Frères et sœurs, nous avons toujours des motifs de nous inquiéter. Des motifs collectifs, et l’actualité nous les répète abondamment, et des motifs personnels, que chacun de nous peut énumérer pour lui-même. Nous avons même des motifs d’inquiétude ecclésiaux. Mais rien ne peut nous enlever ce qui peut établir le fond de notre être dans la joie : nous sommes appelés à être héritiers de Dieu avec le Christ Jésus, le Fils unique et bien-aimé ; nous sommes appelés à former un seul corps avec tous les autres êtres humains, un corps où tous ont leur place et où chacun compte infiniment pour les autres, un corps porteur pour l’éternité de la bonté de Dieu pour les hommes et capable de l’exprimer en actes ; nous sommes tous faits pour avoir part aux fruits de la même promesse, la promesse contenue dans la création, que Dieu nous a créés, que Dieu nous a voulus pour que nous allions de la vie à la vie, de la vie marquée par la mort et le péché à la vie pleine et entière et jaillissante. Ce que les païens ne pouvaient deviner, ce qu’ils ne pouvaient même espérer, c’est que tout être humain est appelé à vivre pour toujours et que cela puisse être juste et bon pour tous.

Dans la maison de l’Eucharistie, nous célébrons ce mystère. Nous le célébrons et nous le goûtons déjà chaque dimanche et même chaque fois que l’Eucharistie est célébrée. Le Seigneur Jésus, l’enfant de Bethléem au-dessus de qui s’arrête l’étoile des mages, s’y livre pour nous en nous associant à lui pour faire de nous, chaque fois plus étroitement, des membres de son corps ; pour nous donner les uns aux autres comme des sœurs et des frères à aimer, dans l’attente, -mieux : dans l’espérance-, du jour où nous nous aimerons en vérité, tous et chacun ou chacune ; pour nous rendre toujours davantage, au plus profond de notre liberté, fils ou filles du Père, pénétrés de sa bonté et relais de cette bonté pour tous les autres.

Notre nouveau dispositif diocésain peut susciter des inquiétudes. Il implique des renoncements, il en exige des prêtres que je remercie du fond du cœur pour leur disponibilité dont la qualité dépasse ce que nous savons apercevoir ; il en exige de vous tous, plus ou moins grands, plus ou moins visibles, il en exige de tous, nous le découvrirons petit à petit. Mais son fond est la joie, la joie très grande des mages, qui est déjà notre joie et pourrait l’être encore davantage, une joie que nous voulons offrir à celles et ceux qui nous entourent ou dont nous croisons la route.

  • Le « lieu eucharistique » devrait être la maison où les mages ont trouvé « l’enfant avec Marie sa mère », non pas l’enfant seul mais avec celle qui peut le présenter aux mages, mieux encore que ne l’avaient fait les grands-prêtres et les scribes et sans aucune trace des projets mortifères d’un Hérode.
  • Les  » missions itinérantes  » que vont entreprendre les équipes pastorales envoyées dans les onze Espaces missionnaires de notre diocèse feront des membres de ces équipes et de celles et ceux d’entre vous qui voudront bien les accompagner, chacun à sa mesure, des étoiles qui se lèvent à l’Orient pour les chercheurs de Dieu qui habitent nos villes et nos villages, que nous connaissons ou que nous ne connaissons, qui nous connaissent ou qui ne nous connaissent, qui ont une idée du « roi des Juifs » né à Bethléem et mort pour eux à Jérusalem et ressuscité pour tous ou qui n’en ont pas. Car ce dont saint Matthieu ne parle pas mais que nous pouvons devenir, c’est la joie de Marie, et sans doute aussi de Joseph, en voyant des savants venus d’Orient au terme d’un long périple entrer dans la maison et se prosterner devant son enfant. Notre joie, nous le savons, devient une « très grande joie », lorsque nous célébrons dans la nuit de Pâques le baptême de ceux et de celles qui se sont approchés du Christ un jour ou qui l’ont laissé s’approcher d’eux et qui, peu à peu, ont consenti à le prendre pour leur Seigneur.
  • Notre joie, notre « très grande joie » dans les missions itinérantes et, peu à peu, dans les « fraternités de proximité » et dans les « lieux eucharistiques, sera de découvrir que la lumière du Christ s’est levée déjà dans des âmes où nous ne l’aurions pas attendue et que certains ont entrepris le grand voyage qui les conduira, le jour venu, à l’heure de Dieu et à leur heure, à la rencontre pleine du Christ et de son Église, d’où ils repartiront par un chemin encore différent.

Frères et sœurs, avec le prophète Isaïe et avec l’apôtre saint Paul, réjouissons-nous toujours que l’Évangile soit la bonne nouvelle destinée à tous les humains, apprenons à voir celles et ceux qui viennent au Christ, parfois de fort loin, laissons-nous entraîner par eux pour nous approcher davantage. Osons désirer que notre propre chemin à travers l’existence puisse permettre à d’autres, connus de nous ou non, de découvrir que les grandes catastrophes de l’histoire n’empêchent ni n’empêcheront l’histoire humaine et notre histoire à chacun de déboucher dans la vie pleine et entière, dans l’héritage éternel partagé par la multitude et cela, non par une mécanique quelconque mais par l’engagement plein de miséricorde et de force de Celui le Père envoie comme il l’a promis,

Amen.
Mgr Éric de Moulins-Beaufort


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