Homélie pour le 5ème dimanche du Temps ordinaire - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 9 février 2021

Homélie pour le 5ème dimanche du Temps ordinaire

Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour le 5ème dimanche du Temps ordinaire, le 7 février 2021, en l’église Saint-Nicolas de Signy-le-Petit, confirmation des lycéens.

« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée » ! Peut-être sommes-nous tentés, frères et sœurs, de penser cela en ces mois et ces semaines que nous passons « sous l’ombre de la » covid-19. Même si nous n’en sommes pas au point de n’avoir comme Job « en partage que le néant » ni de vivre dans un « soir qui n’en finit pas », nous sommes tous las de porter des masques, de ne pouvoir nous approcher les uns des autres, de renoncer à des rencontres ou des activités en commun. Lorsque la maladie, celle-ci ou une autre, nous frappe ; lorsque la douleur physique nous empêche de penser à autre chose ; lorsque les coups du sort nous paraissent s’accumuler contre nous, nous nous retrouvons, que nous le voulions ou non, dans l’état d’esprit du vieillard Job, nous faisons monter notre plainte sans toujours savoir ou vouloir l’adresser à Dieu, et il peut nous sembler vrai de dire : « Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »

Pourtant, frères et sœurs, chaque Messe, chaque célébration eucharistique, nous fait célébrer et proclamer le fait que la vie a une issue, qu’elle débouche sur Quelqu’un et certes pas sur le néant ou l’insignifiance, que chaque moment de notre vie nous oriente, par la grâce du Christ, vers la plénitude de la vie. Jusqu’au plus douloureux, il vient nous rejoindre et, par la force de son Esprit de sainteté, nous rend capables de tout traverser pour le laisser nous toucher, nous saisir, nous relever. Nous l’avons entendu dans l’évangile selon saint Marc : en quelques versets, saint Marc nous montre Jésus faisant du bien, guérissant, libérant, rendant à tous ceux et toutes celles qui se présentent à lui la liberté de vivre et de servir, et finalement, continuant sa marche à travers les villes et les villages, sans se limiter à quelques-uns seulement : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile : car c’est pour cela que je suis sorti. » Il est sorti de Nazareth, il est sorti surtout du sein du Père pour annoncer l’Évangile, ce qui veut dire la « Bonne Nouvelle » : la bonne nouvelle que les êtres humains sont tous appelés à vivre pour toujours, que les promesses de la vie terrestre sont faites pour être tenues, qu’il nous est toujours possible de revenir sur le chemin de leur accomplissement.

Chers amis, vous qui vous présentez ce matin pour recevoir le sacrement de la confirmation, vous entrez dans l’âge où vous pouvez regarder vers l’avenir. Vous sentez bien qu’il n’y a pas seulement un futur, un demain qui va venir remplacer aujourd’hui jusqu’à ce qu’il passe lui-même et laisser la place à un autre jour. Vous regardez vers l’avenir, vous sentez bien, vous comprenez ou vous pressentez que vous pouvez devenir vous-mêmes, que vous avez en vous des forces, des projets, des rêves, des désirs, des exigences, à épanouir, à faire advenir, à réaliser, à recevoir. Or, vous entendez un discours contradictoire. De tous côtés on vous dit que l’avenir dépend de vous, qu’il est entre vos mains, qu’il sera ce que vous en ferez… mais vous entendez aussi que cet avenir est incertain, qu’il sera moins facile que pour les générations qui vous ont précédés, que le progrès continu se double aussi du risque de l’épuisement de la planète, de la catastrophe climatique, de la concurrence de l’intelligence artificielle, de la violence toujours renaissante entre les humains. Alors, ce matin, regardez et entendez le Seigneur Jésus. Laissez s’imprimer en vous l’image de Jésus parcourant toute la Galilée, – mais c’est aussi bien la Thiérache ou le monde entier- proclamant l’Évangile, c’est à-dire la bonne nouvelle, en expulsant les démons. Non, les forces négatives qui pèsent sur l’humanité n’ont pas le dernier mot. Non, les humains ne sont pas voués au néant, et pas non plus destinés à mener une petite vie médiocre, dans un petit coin à peu près préservé où ils et elles pourraient survivre sans trop de douleurs. Toute vie, même modeste, peut être grande ; toute existence humaine, même si elle se déroule dans un petit coin de terre, peut engager l’humanité entière ; tout acte humain, même le plus ordinaire, peut faire passer au milieu de ce monde rien de moins que l’amour de Dieu pour chaque être humain.

Au jour de votre baptême, vous avez été présentés par vos parents et vos parrain et marraine et Jésus s’est approché de vous pour vous tirer vers lui, vous unir à lui, vous faire bénéficier d’un coup de tout le bénéfice de son histoire parmi nous, de sa venue, de sa vie cachée, de sa vie publique, de sa mort et de sa résurrection, vous permettre de vivre et de grandir comme des fils et des filles du Père, découvrant peu à peu sa bonté et sa présence. Aujourd’hui, vous venez à lui, de vous-mêmes, vos lettres l’ont bien exprimé, pour qu’il vous associe à lui, à son mouvement vers les hommes et les femmes : « Allons ailleurs… afin que là aussi, je proclame l’Évangile ». L’Esprit-Saint va vous être donné en sa plénitude pour que tout ce que vous vivrez, tout ce que vous supporterez, tout ce que vous réaliserez, puisse contribuer à proclamer la Bonne Nouvelle au milieu de ce monde, c’est-à-dire faire briller dès ici-bas l’incroyable promesse de Dieu en faveur de tous les humains, qu’ils sont tous appelés à vivre pour toujours. Vos lettres l’expriment : vous voulez que vos vies soient belles et bienfaisantes. Chacun de vous a des talents, des compétences, mais aussi des incompétences, des limites ; chacun de vous découvre qu’il y a en lui de grandes vues pleines d’ardeur mais aussi des peurs et des besoins de prendre, d’avoir pour soi seul et même de détruire. Jésus ne se contente pas de vous libérer des esprits mauvais, il vous remplit de son Esprit-Saint pour que vous puissiez choisir le meilleur, vous dégager des pièges du démon, faire le choix de servir les autres et Dieu en tous vos actes, être un signe que la vie humaine nous prépare à la communion éternelle.

Frères et sœurs, nous avons ensemble ce matin entendu l’Apôtre : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » Cet appel en enthousiasme peut-être certains, il en refroidit sans doute d’autres. Depuis des décennies, l’Église parle de mission, nous dit à nous tous baptisés que nous devons être missionnaires, et nous regardons avec inquiétude nos voisins et nos voisines, ceux et celles que nous rencontrons, en nous demandant comment leur annoncer l’Évangile sans avoir l’air ridicule, sans se faire moquer ou détester. Mais ce matin, nous contemplons ces jeunes qui se tiennent devant l’autel. Je suppose qu’ils vous remplissent de fierté. Au milieu de leur génération, ils ont réfléchi, ce qui n’est pas si fréquent ; ils ont pris le temps d’apprendre, de comprendre, de chercher en eux quel est leur désir profond, et les voilà prêts à porter la marque du Christ et à se laisser habiter par l’Esprit-Saint. Les voilà prêts à ne pas mener leur vie en se laissant conduire par l’intérêt, le confort, le plaisir, la jouissance, mais en se laissant éclairer par la Bonne Nouvelle de Jésus. Ils proclameront l’Évangile parfois par leurs paroles, mais plus souvent par ce qu’ils choisiront de faire et aussi par ce qu’ils renonceront à faire ou à prendre. Ils proclameront l’Évangile par leurs réactions face aux joies et aux peines de cette vie, par leur manière d’aller vers les autres. A travers leurs engagements dans la vie professionnelle ou familiale ou sociale, ils ne chercheront pas tant à se faire une place ici-bas qu’à goûter que le Royaume est tout proche. Ils ne viseront pas seulement à se faire eux-mêmes selon leurs désirs mais à s’approcher de ceux et celles que Dieu le Père mettra sur leur route pour recevoir ce que Dieu aura à leur donner et pour partager ce qui les habitera et qui sera plus grand qu’eux.

Oui, frères et sœurs, comme le psaume l’a chanté : « Il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange », parce qu’il nous donne, à nous qu’il appelle à Jésus, d’être en nous-mêmes plus que nous-mêmes,

                                                                                                                               Amen.


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