Homélie pour le 4ème dimanche du Temps ordinaire - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 1 février 2021

Homélie pour le 4ème dimanche du Temps ordinaire

Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour le 4ème dimanche du Temps Ordinaire en l’abbatiale d’Igny.

Mes Sœurs, frères et sœurs, la synagogue, vous le savez, c’est l’assemblée. Avant de désigner un bâtiment où l’on se rassemble, le mot désigne le fait de se retrouver ensemble. Dans notre synagogue à nous, ce matin, le Seigneur Jésus parle. Il enseigne. Nous sommes venus pour cela : pour l’écouter, pour recevoir la force et la douceur de sa parole. Il parle par les lectures proclamées ; il parle, il enseigne, par le sacrement célébré, par le don qu’il nous fait de son sacrifice, de lui-même offert au Père pour nous en notre faveur et en faveur du monde entier ; il parle, il enseigne aussi par nos prières, nos mots et par le fait même que nous soyons ici rassemblés à cause de lui, pour lui et surtout par lui.

L’évangile selon saint Marc nous place au tout début de la mission publique de Jésus ; il ne nous dit pas ce qu’il enseigne mais comment il enseigne et quel effet sa manière d’enseigner produit sur les auditeurs : « On était frappé », « Ils furent tous frappés de stupeur », et cela parce qu’«il enseignait en homme qui a autorité ». Comment aujourd’hui sentons-nous, éprouvons-nous, l’autorité de l’enseignement du Seigneur ? Saint Marc insiste sur le fait que cette autorité est libératrice, elle est bienfaisante. Elle n’est pas l’autorité qui subjugue, elle n’est pas la force d’une parole qui capte les facultés des auditeurs et les soumet à son pouvoir. Elle est dans la ligne annoncée par le Deutéronome : non pas une parole qui foudroie le peuple mais une parole qui l’aide, qu’il peut entendre, qui se met à sa portée pour le travailler ensuite sans relâche. Sa parole pourtant n’est pas que descriptive : elle ne se contente pas de décrire comme beaucoup d’enseignants doivent le faire ; elle ne se contente pas de prescrire, comme les font les moralistes ou ceux et celles qui veulent orienter les comportements des autres ou comme le font les lois. L’autorité de Jésus qui enseigne agit à deux niveaux : d’abord elle vient de ce que lui vit ce qu’il dit, qu’il est, lui, ce qu’il dit ; ensuite sa parole nous donne de vivre selon ce que nous sommes en vérité, elle nous donne force, énergie, liberté pour choisir ce qui nous rend vivants.

Peut-être faut-il comprendre cela : la trame de l’intrigue dans l’évangile selon saint Marc est l’ambiguïté de la reconnaissance de Jésus par les hommes. Lorsque la foule s’exclame : « Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent », le risque est grand que la renommée de Jésus soit celle d’un homme qui impose sa volonté aux démons, mais est-ce cela que Jésus souhaite faire connaître aux hommes ? Ce pouvoir sur les esprits impurs est-il le plus important de ce qu’il a nous apporter ? L’évangéliste en fait n’y attache pas une grande attention, il rapporte le fait de cet exorcisme parce qu’il doit le faire, il nous doit la réalité, mais il ne nous raconte rien du devenir de ce possédé libéré. Il importe à saint Marc de faire sentir à qui le lit ou l’entend que l’enseignement de Jésus est vraiment celui de Jésus. Jésus s’inscrit dans une tradition, mais il parle à partir de lui-même et ce qu’il dit dépend de lui. Lui seul a cette parole forte et libérante, il ne faut l’attendre d’aucun autre. La suite de l’évangile nous expliquera pourquoi : lui seul paie le prix qu’il faut pour que sa parole ait cette autorité sans être destructrice de notre liberté ou de notre intégrité. Au début de son récit, saint Marc veut nous engager à prendre au sérieux la parole de Jésus, à en accepter ce qu’elle a d’original. L’essentiel est ceci : cet enseignement est le sien, il vient de sa bouche, il vient de son être. Il dit ce que lui seul peut dire. Peut-être ce qu’il enseigne ressemble-t-il à beaucoup de ce qui a été dit dans le passé. Sans doute même ce qu’il enseigne reprend-il la longue tradition d’Israël. Mais il y de nouveau que ce soit son enseignement à lui et qu’il soit, lui, Jésus de Nazareth, celui qui a le droit de dire ce qu’il a à dire. Nous qui lisons l’évangile selon saint Marc savons pourquoi : il est, lui, le Fils bien-aimé en qui le Père trouve sa joie.

En contraste en quelque sorte, nous entendons saint Paul. Dans sa première lettre aux Corinthiens que nous entendons, morceau par morceau au fil des dimanches, il en vient à répondre à des questions concrètes ou pratiques qu’on lui pose. Une fois connu le Christ Jésus, sa mort et sa résurrection, le don qu’il nous fait de l’Esprit, vaut-il la peine de se marier ? La réponse de l’Apôtre peut paraître alambiquée : il veut à la fois dire que le mariage est chose bonne et belle et dire qu’il est possible désormais de se consacrer au seul Seigneur Jésus et que cela vaut la peine, que cela ne sera pas une vie diminuée mais sans doute une vie plus vivante et plus vivifiante. La Providence, mes Sœurs, permet que je sois avec vous en ce dimanche, au cœur de votre assemblée à vous, consacrées au Seigneur, pour entendre cette proclamation de l’Apôtre. Saint Paul répond avec prudence, nous n’entendons pas là tout à fait ce que nous imaginons être l’autorité de Jésus. Il se borde des deux côtés. Mais tout de même, il ose une affirmation forte : « La femme sans mari, celle qui reste vierge, a le souci des affaires du Seigneur… Celle qui est mariée a le souci des affaires de ce monde. »

Une telle affirmation pouvait passer jadis pour évidente, il n’en est sans doute plus ainsi. Nous savons que la sainteté est possible en un état de vie laïque. Sans doute. Cependant, il reste qu’une femme mariée, ou un homme marié, devra bien qu’elle ou qu’il le veuille ou non, se préoccuper des études de ses enfants, de leurs loisirs, s’occupera de ses vacances et de ceux de sa famille, cherchera dans le vaste catalogue proposé en temps habituel les activités culturelles qui mérite son intérêt, aura à se dépenser dans un métier et à s’inquiéter des résultats de son entreprise ou de son service… tandis que celle qui est consacrée au Seigneur peut n’avoir d’autre souci que ce que l’Apôtre appelle les « affaires du Seigneur ». De quoi s’agit-il ? Disons, frères et sœurs, que nos Sœurs ici présentes ont la liberté de ne s’intéresser à ceux et celles qui viennent à elles que selon ce qui vaut pour l’éternité. Sans doute y a-t-il place pour des inquiétudes de ce monde : il faut bien se nourrir et entretenir les bâtiments et régler certains soins, et pour cela vendre du chocolat ou décider de travaux. Mais l’immense majorité du temps, vous pouvez, mes Sœurs, vous permettre de regarder les uns et les autres comme appelés à être des fils et des filles du Père, des frères et sœurs de Jésus-Christ, invités à découvrir au long de leur vie ce que c’est qu’aimer, se donner, se décentrer de soi pour laisser place en soi à plus grand que soi. Vous vivez cela pour vous-mêmes, apprenant au fil des jours l’étonnant travail intérieur qui consiste à devenir soi-même en renonçant à soi. Ora et labora : à travers la prière et le travail, vous élargissez votre âme, vous poussez vos murs intérieurs, pour porter en vous la destinée de l’humanité entière et la tourner en vous vers la bonté du Créateur et la miséricorde du Rédempteur. Vous essayez tout au moins et vous vous y aidez. Vous récitez les psaumes parce que Jésus les a récités, vous travaillez parce que Jésus a travaillé, ni moins ni plus ; vous intercédez parce que Jésus a intercédé. En tout, vous répondez à l’appel qu’il a adressé, lui, à chacune de vous, pour servir avec lui à l’œuvre du Père : faire déboucher notre condition de créature dans celle de filles ou de fils de Dieu, ou pour le dire dans les termes de la prière d’ouverture de cette messe, apprendre à « adorer Dieu sans partage et à avoir pour nos frères une vraie charité ».

En cela, mes Sœurs, s’accomplit en vous la promesse du Deutéronome : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi. » Sans doute le Messie est-il ici visé et Jésus est-il le prophète annoncé par Moïse. Mais vous l’êtes aussi pour nous, en tant que disciples de Jésus, et nous avons tous à l’être pour celles et ceux qui nous entourent ou qui nous rencontrent, parce que nous pouvons vivre du Seigneur Jésus. Vous parlez, mes Sœurs, au nom de Dieu, non par votre bavardage bien sûr, s’il en était, mais par votre manière de vivre : tout dit avec force et douceur la liberté que Dieu nous offre à l’égard de ce monde, tout de votre vie laisse présager que la vie terrestre est intense seulement lorsqu’elle est réponse à notre vocation éternelle. Et nous parlons, tous ensemble, chrétiens, baptisés et confirmés au milieu du monde, nous parlons avec autorité, non pas lorsque nous prétendons subjuguer les autres, les commander, les condamner, mais lorsqu’avec persévérance, avec patience, avec lucidité, nous laissons la parole du Christ nous tirer hors de nous-mêmes et apprenons à vivre pour Dieu au milieu de ce monde. Alors nous portons la promesse que Dieu veut faire entendre à tout être humain, la promesse que chacun mérite d’être aimé pour toujours, que chacune et chacun ajoute à la beauté du monde qui reflète celle de Dieu, la promesse que la joie l’emportera. Permettez-moi, mes Sœurs, de vous remercier de porter cette prophétie au milieu de nous, de sorte que, en vous contemplant en train de prier et de vivre tout simplement, nous éprouvions l’autorité bienfaisante de Jésus, le Fils bien-aimé, l’appel qu’il nous adresse à avancer vers le Père,

                                                                                                          Amen.


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