Homélie pour le 3ème dimanche du Temps ordinaire, dimanche de la Parole de Dieu - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 25 janvier 2021

Homélie pour le 3ème dimanche du Temps ordinaire, dimanche de la Parole de Dieu

Homélie pour le 3ème dimanche du Temps ordinaire, année B, dimanche de la Parole de Dieu, 24 janvier 2021 messe pour la réunion de secteur des Équipes Notre-Dame.

Lorsqu’en novembre 2019 l’assemblée des évêques de France, réunie à Lourdes, a commencé ses travaux sur Laudato Sí et la conversion écologique, l’une des six personnes qui se sont adressé aux évêques et aux invités de leurs diocèses a commenté le passage du livre de Jonas qui est proclamé ce matin. « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! », dit la traduction liturgique. L’orateur nous a expliqué que le texte hébreu disait plutôt : « Encore quarante jours, et Ninive sera bouleversée » et il continua en expliquant qu’il y avait deux manières pour Ninive d’être bouleversée : être détruite ou se convertir. Selon le livre de Jonas, les Ninivites, pourtant les brutaux des peuples de l’Antiquité, auraient choisi la seconde option. En tout cas, frères et sœurs, en ce dimanche de la Parole, voilà déjà une idée forte à inscrire en la mémoire de notre cœur : Dieu parle, Dieu nous parle, non pas pour nous détruire, mais pour nous appeler au bouleversement de la conversion. Dieu parle et c’est toujours pour nous appeler à changer de vie, beaucoup parfois, un peu à tout le moins, mais d’un « un peu » qui nous met sur la voie de « beaucoup ».

Nous l’avons entendu dans l’évangile de ce dimanche. Les premières paroles de Jésus prenant le relais de Jean le Baptiste furent : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » et cet appel général s’est traduit en actes avec l’appel particulier de Simon et André, de Jacques et de Jean : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » « Laissant leurs filets, ils le suivirent » ; « Laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite. » Jésus parle pour appeler à vivre autrement au nom de la proximité du règne de Dieu. Jésus ne vient pas pour consolider une situation, pour conforter un ordre social ; il parle pour nous pousser à vivre d’une manière nouvelle au nom d’une plénitude qui s’approche ou qui s’est approchée. « Les temps sont accomplis » n’est pas la même chose que « Encore quarante jours et Ninive sera détruite. »  Jésus ne manie pas la menace mais la promesse, il ne cherche pas à susciter la conversion par la peur du châtiment mais par l’ouverture au mystérieux règne de Dieu qui vient au point d’être tout proche. L’appel des deux fois deux frères nous fait comprendre que le règne de Dieu s’approche à la mesure dont lui, Jésus, s’approche de nous et dont nous le laissons s’approcher de nous : « Venez à ma suite. »

Ce ne sont pas des idées qu’il s’agit de suivre, des convictions auxquelles il convient d’être fidèles : avant tout, il appelle les quatre hommes dont il est question aujourd’hui à tout lâcher pour être avec lui, pour vivre à proximité de sa présence à lui. Le « règne de Dieu », la plénitude au nom de laquelle il vaut la peine de lâcher ce que l’on a, ce que l’on fait, et de planter là ceux et celles avec qui l’on vit et l’on travaille, pour qui aussi on vit et on travaille, parce qu’on a la responsabilité de veiller sur eux, c’est sa présence à lui, Jésus qui l’approche de chacun au maximum. Nous devons, nous chrétiens, être attentifs à l’impressionnante prétention de Jésus : il ne vient pas seulement comme un maître de sagesse nous faire réfléchir sur la manière de mener une vie bonne et bienfaisante ni nourrir nos raisons d’accomplir nos devoirs avec le plus de cœur et de sens. Il vient nous tirer à lui, nous appeler à vivre à partir de lui ou dans la lumière de sa venue jusqu’à nous. Sans doute, la suite de l’évangile nous aidera à le vérifier, n’appelle-t-il pas tout homme, toute femme, à laisser père et mère, épouse et enfants, collaborateurs et amis, pour s’occuper de tout autre chose ; il appelle, néanmoins, tout homme, toute femme, à vivre autrement à cause de ce que lui, et lui seul, peut apporter et apporte en vérité.

Peut-être, frères et sœurs, avez-vous été déroutés par le bref passage de la première lettre aux Corinthiens que la liturgie de la Parole nous a fait entendre. Il est significatif que vous l’entendiez et que je doive le commenter alors que vous êtes réunis en secteur d’Équipes Notre-Dame, c’est-à-dire en un jour où il s’agit de vous réjouir devant Dieu et dans le Christ de votre couple, de votre vie conjugale, et de nourrir celle-ci à l’écoute de la Parole de Dieu. Que veut dire l’Apôtre lorsqu’il écrit : « Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme » ? En quoi cette consigne peut-être éclairer votre situation d’époux et d’épouses ? Il faudrait reprendre l’ensemble du chapitre 7 de cette lettre et essayer d’en rejoindre la logique profonde. L’Apôtre essaie de répondre à des questions pratiques qui lui ont été posées sur la manière concrète dont les disciples du Christ, dont les baptisés, ayant part à la sainteté du Christ, devenus membres de son Corps ecclésial et participants de son Corps eucharistique, peuvent vivre le désir sexuel, avec sa beauté et sa force, avec ce qu’il a de vivifiant et de troublant. L’Apôtre semble tâtonner, il veut dire à la fois la bonté du mariage et la beauté d’une vie qui ne se préoccupe que du Seigneur. C’est ainsi qu’il en arrive à écrire : « Je dois vous le dire : le temps est limité. »

Si nous entendons cela à partir de la prédication de Jonas, nous comprendrons que le monde va bientôt finir et qu’il est absurde de perdre son temps à construire sa vie ici-bas et nous entendons ainsi la finale de ce passage : « Car il passe, ce monde tel que nous le voyons ». Mais si nous entendons cela à partir de la prédication de Jésus : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche », alors l’affirmation : « Les temps sont limités » veut toujours dire qu’il y a une certaine urgence, mais c’est l’urgence de vivre tout à la fois : dans le temps limité qui est le nôtre, il nous est donné de vivre dans le même mouvement et la densité humaine et spirituelle du mariage et la densité humaine et spirituelle du célibat, et la densité humaine et spirituelle de la joie et la densité humaine et spirituelle de la tristesse, et la densité humaine et spirituelle de la possession et celle du dépouillement. C’est qu’en effet le monde nouveau vient à nos devants, il est venu à nos devant sen Jésus de sorte que nous ne nous marions pas seulement pour apaiser ou orienter ou discipliner le désir et engendrer des enfants mais pour anticiper la communion éternelle, nous ne sommes pas dans la joie pour oublier ceux et celles qui sont dans la peine, nous ne possédons pas pour les objets possédés mais pour les relations qu’ils symbolisent. Dans le temps limité, dans ce monde qui passe, il nous est donné d’accueillir déjà ce qui vient et qui ne passera pas, ce qui vient et qui nous rend vivants et vivifiants pour toujours.

En ce dimanche de la Parole de Dieu, recevons ces règles qui peuvent éclairer notre manière d’écouter toute parole venue de Dieu : Dieu ne parle pas pour consolider l’ordre de ce monde, il parle pour nous appeler à un changement de vie ; Dieu ne parle pas pour nous annoncer une destruction mais pour nous ouvrir à une plénitude que nous pouvons accueillir dès ici-bas ; Dieu ne nous appelle pas à changer de vie au nom d’idées ou d’idéaux mais à partir de son mouvement à lui pour se rendre proches de nous ; Dieu nous appelle tous plus ou moins à lâcher quelque chose pour être avec Jésus son Envoyé, mais c’est pour nous rendre porteurs de plus de vie pour celles et ceux que nous aurons quittés. Pour ce qui est du mariage, retenons ceci : il est un état de vie qui ressemble à la figure de ce monde mais, en réalité, il peut être lui aussi ouvert à écouter la Parole de Dieu tout entière et à l’accueillir en notre chair. Alors ensemble disons-le avec le psalmiste : « Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route »,

                                                                                                    Amen.


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