Homélie pour le 2ème dimanche du temps ordinaire - année B - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 18 janvier 2021

Homélie pour le 2ème dimanche du temps ordinaire – année B

Homélie pour le 2ème dimanche du Temps ordinaire, année B, le 17 janvier 2021, pour les catéchumènes se préparant à l’appel décisif, salle paroissiale de Tinqueux.

La Providence a permis que chacun des textes proclamés en ce dimanche éclaire un aspect de votre situation de catéchumènes en marche vers le baptême et se préparant à l’appel décisif.

L’Évangile d’abord. Comme l’évangile selon saint Marc que nous lisons cette année est bref, la liturgie nous fait entendre quelques pages de l’évangile selon saint Jean. A vous aussi, quelqu’un ou quelque chose, un jour, a désigné Jésus. Le dialogue que l’évangile nous rapporte est saisissant : « Que cherchez-vous ? –Où demeures-tu ? –Venez, et vous verrez. »

Que cherchez-vous ? Que cherchons-nous ? Le bonheur, la paix, la guérison, la vie, la vérité, la sécurité, la liberté ? Tout cela sans doute, ces deux disciples de Jean le Baptiste l’attendaient, le désiraient. Mais, face à Jésus, à sa présence, leur réponse est plus simple, plus modeste en apparence mais en fait décisive : « Où demeures-tu ? » Non pas : Qui es-tu ? Que viens-tu faire, que nous offres-tu, que nous promets-tu ? – Où demeures-tu ? Pour avancer vers Jésus, il faut un désir, un désir multiforme, le désir plus ou moins clair qu’une vie meilleure est possible, qu’une vie plus pleine, plus forte, plus vivifiante, se tient pas trop loin de nous, et il faut ne pas chercher une réponse toute faite, mais être prêt à une expérience : « ‘’Venez, et vous verrez’’. Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui, ce jour-là. » Jésus ne leur fait pas de discours, il les invite à passer un peu de temps avec lui. Ce fut si intense, si fort, qu’ils s’en souvinrent jusqu’à la fin. Vous-mêmes, chacun à sa manière, vous avez ainsi franchi le pas un jour de rencontrer un chrétien, un prêtre, un laïc, et de lui demander de vous accompagner vers le baptême, parce que vous aviez éprouvé un peu, de loin, la force de la présence de Jésus, parce que vous avez pressenti que sa proximité vous rendait plus vivants ou mieux vivants. De même que les disciples André et son compagnon se souviennent de l’heure, mais aussi du lieu, de l’atmosphère, qu’ils ressentent encore, des années plus tard, par-delà la Passion et la Résurrection, l’émotion de cette première rencontre qui les a tant marqués, vous aussi, vous vous souvenez de certains moments cruciaux de votre vie où vous avez pressenti que Dieu était là, venu vers vous, venu à vous. Ce fut dans votre enfance, ce fut à l’adolescence, ce fut à l’âge adulte, chacun de vous a son histoire propre, mais chacun a tiré de cet instant, de ce moment, la certitude qu’un jour il en vivrait pleinement.

L’Ancien Testament ensuite. Nous avons entendu proclamer le récit de l’appel que Dieu adressa à Samuel, futur prophète, encore un enfant. Quadruple appel, quadruple réponse, trois fois sans comprendre, la quatrième dans l’attitude juste : « Parle, ton serviteur écoute ». Le jeune Samuel croyait être appelé par le vieux prêtre Elie pour qu’il lui porte assistance ; Dieu ne vient pas pour recevoir de l’assistance, mais pour que Samuel l’écoute. Dieu appelle, pas d’abord pour dicter des choses à dire ou à faire, mais pour être avec celui ou celle qu’il appelle, comme un ami est avec un ami. On apprend à se connaître, on se devine, peu à peu l’autre devient moins un inconnu et davantage un autre soi-même. Ainsi en va-t-il avec Dieu. Comme Jésus propose aux disciples de Jean de venir avec lui et de voir, de demeurer avec lui, de passer avec lui un moment, sans rien faire d’autre qu’être ensemble, de même Dieu appelle Samuel simplement pour converser avec lui. Mais cette conversation n’est pas faite de paroles en l’air, de plaisanteries que l’on peut jeter sans trop réfléchir parce qu’elles n’ont pas besoin de produire un effet ; la conversation de Dieu est une conversation qui rend vivants, qui renouvelle, qui donne d’autres motifs à chaque action de chaque jour, à chaque pensée.

Demeurer avec le Seigneur, écouter le Seigneur, laisser ces rencontres nous former, nous façonner, nous rendre un peu ou beaucoup différents, nous remplir de paix, de force, élargir notre espace intérieur. Nous ne vivons pas dans la nuit, dans le noir, sans perspective, sans savoir ce qu’il y a autour de nous et devant nous. Nous avançons parce qu’une parole nous a été adressée et que nous cherchons à l’écouter et ensuite à y répondre ou à y correspondre. Cette parole peut retentir soudain un jour, de manière inattendue, inespérée parfois, mais nous y reconnaissons une parole initiale, la parole première : « Vis », « Sois celui ou celle que tu es ». Dieu est celui qui nous appelle à vivre, avant toute autre considération, celui qui peut se réjouir que, moi, je sois, et donc que vous, vous soyez aussi.

Le psaume l’a dit magnifiquement : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice (Dieu ne veut pas de nous des grandes choses, des œuvres ou des cadeaux magnifiques), tu as ouvert mes oreilles (il veut que j’entende et d’abord que j’écoute) ; tu ne demandais ni holocauste ni victime (ce qui est offert dans le temple de Jérusalem, des animaux mis à mort pour passer à Dieu), alors j’ai dit : « Voici, je viens » et le psalmiste, celui qui répond, ne vient pas pour rien : « Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. » La parole ou les paroles prononcées par Dieu sont telles qu’elles habitent les entrailles, que nous pouvons les aimer, les abriter en nous, et que nous leur donnons corps spontanément, pour la joie de les voir se réaliser parce que toutes ces paroles, de près ou de loin, nous entraînent à aimer avec plus de vérité, plus de justesse, à nous donner un peu ou beaucoup pour que l’autre vive, et nous donnent l’espérance que nous pourrons, un jour, peu à peu, par le don de Dieu, par grâce, vivre ainsi.

Enfin, saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, nous offre une parole d’espérance : « Le corps n’est pas pour la débauche. » Pourquoi : parce qu’« il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps. » Venir, voir, demeurer, écouter, tout cela passe par le corps et par les sens corporels. Aimer, servir, respecter, prendre soin, se rendre disponible, partager, tout cela passe par le corps. Le Seigneur Jésus n’est pas venu pour s’adresser seulement à la fine pointe de notre âme. Il est venu en notre chair, en notre condition humaine, pour nous rencontrer, les uns et les autres, et se laisser rencontrer par nous, et pour nous permettre de demeurer avec lui, auprès de lui, de sorte que notre corps devienne « un sanctuaire de l’Esprit-Saint ». La première rencontre des disciples avec Jésus les a fait rester auprès de lui un moment dans le lieu où il demeurait ; l’aboutissement est que nos corps à chacun devienne une demeure pour l’Esprit-Saint. Nous ne pouvons pas faire n’importe quoi de nos corps, mais ce n’est pas que nous soyons menacés, c’est que nous pouvons faire de nos corps une grande et belle réalité, nous pouvons nous laisser habiter par l’Esprit même de Jésus et traduire dans nos actes et nos pensées, dans tous les mouvements de note corps, l’amour même de Dieu pour les humains. C’est pourquoi, frères et sœurs, devenir chrétiens, devenir fils ou filles de Dieu, implique toujours des changements de vie, parfois modestes, parfois radicaux. C’est pourquoi la question se pose toujours : avec qui est-ce que j’habite et en vue de quoi, à qui est-ce que j’unis mon corps et en vue de quoi ou de qui ? Il ne s’agit pas de surveiller les comportements et de condamner, il s’agit d’accepter que le Seigneur Jésus ait plus et mieux à nous donner, plus et mieux à quoi nous appeler. De même que Jésus, en le voyant, selon l’évangéliste Jean, a changé le nom de Simon en Pierre, Képhas, de même il veut nous transformer tous autant que nous sommes et nous donner un rôle dans son royaume. Il veut que nous lui appartenions, à lui plus qu’à nous-mêmes, non pour nous priver de nous-mêmes, non pour nous empêcher de vivre, mais parce que lui et lui seul peut nous détacher, nous libérer, nous guérir des passions, des forces, des pulsions et des mauvais esprits qui nous habitent et nous aliènent.

Chers amis catéchumènes, entendez notre espérance : « Vos corps sont les membres du Christ ». Vos corps, nos corps peuvent servir à diffuser en ce monde la charité de Dieu, l’amour inouï de Dieu pour tous les humains.  Par le baptême nous sommes pris dans la présence de Jésus et nous pouvons demeurer en lui et ensuite, par l’Eucharistie, le sacrement du pardon et tous les sacrements, celui du mariage par exemple, celui des malades, lorsqu’il le faut, nous goûtons la joie de demeurer avec lui et lui en nous. Vraiment, il vaut la peine de rester auprès de lui,

                                                                                                                 Amen.


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