Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent, année C - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 29 novembre 2021

Homélie pour le 1er dimanche de l’Avent, année C

Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour le 1er dimanche de l’avent , le samedi 27 novembre 2021, en l’église Saint-Maurille de Vouziers, centenaire du baptême des cloches de l’église.

Frères et sœurs, à vrai dire, en ce premier dimanche de l’Avent, j’aimerais ne rien vous dire de plus que ce que saint Paul écrivait aux chrétiens de Thessalonique. Après tout, ce que l’Apôtre a voulu adresser à cette Église qu’il avait fondée a été mis par écrit pour être lu et reçu par tous au long des siècles. Avec l’Apôtre des nations, donc, en ce soir, je vous dis de tout cœur : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant », mais je n’ose guère prendre à mon compte ce que saint Paul a l’audace d’ajouter : « comme celui que nous avons pour vous. » Pas davantage, je ne peux me risquer à vous dire : « Pour le reste, frères et sœurs, vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu », car vous l’avez appris de beaucoup d’autres : vos parents, des chrétiens qui ont compté pour vous, des prêtres, des religieux et des religieuses, on peut l’espérer, mais tous l’ont appris d’autres qui, en remontant le temps, l’avaient appris des Apôtres, les compagnons de Jésus. En revanche, je fais mienne volontiers l’affirmation qui suit : « Et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà » et j’y ajoute sans réserve l’exhortation finale : « Faites donc de nouveaux progrès, nous vous le demandons, oui, nous vous en prions dans le Seigneur Jésus. »

Souvent, nous, chrétiens, nous reconnaissons pécheurs, nous confessons que nous sommes insuffisants au don que Dieu nous a fait. Nous accueillons avec sérieux aussi les critiques que l’on nous fait de l’extérieur, nous nous en laissons parfois décourager. Il est bon que nous réalisions de temps à autre que la grâce de Dieu n’a pas été vaine et impuissante en nous, que nous ayons la lucidité de reconnaître que, déjà, l’Esprit-Saint reçu au baptême et à la confirmation nous a permis de laisser la foi, l’espérance et la charité transparaître à travers certains de nos actes et même de nos comportements les plus ordinaires, voire les plus routiniers. C’est ma joie, en tout cas, comme évêque, successeur des apôtres, que de constater dans les baptisés que je rencontre les fruits de l’œuvre de Dieu mûris dans une vie longue ou au contraire jaillissant d’un cœur plein de jeunesse et d’ardeur. C’est ma joie, souvent pleine d’émotion, de découvrir, en écoutant tel ou telle, comment les épreuves et les joies de la vie ont été intégrées par une âme chrétienne et ont pu façonner une personne capable de sentir les autres avec un respect infini et de reconnaître la présence de Dieu avec une délicatesse sans faille. C’est mon émerveillement de surprendre, en telle réaction, en tel engagement, la fidélité délibérément choisie de telle personne, sa persévérance, qui proviennent d’un élan d’amour envers Dieu et le Seigneur Jésus. Alors, vous vous conduisez déjà, frères et sœurs, comme il convient pour plaire à Dieu, laissez-moi vous le dire, et c’est pour cela que je peux avoir l’audace de vous exhorter à « faire de nouveaux progrès ». La vie chrétienne n’est pas marquée d’abord par l’absence ou le manque qu’il faudrait compenser à la force de la volonté ; la vie chrétienne est nourrie par le don de Dieu qui est toujours déjà agissant en nous, portant du fruit mieux que nous ne le savons, et c’est pour cela que nous pouvons espérer en vivre davantage encore, avec plus de liberté, plus de générosité, plus de joie dans l’amour.

Les cloches qui sonnent dans les clochers de nos églises nous mettent dans cette attitude-là, du moins ce peut être une manière de les entendre. Les cloches sonnent, le samedi ou le dimanche : un baptême, une confirmation, un mariage est célébré, qui me rappellent ce que déjà j’ai reçu du Seigneur. Elles sonnent le samedi soir ou le dimanche matin : la messe est célébrée à laquelle je suis appelé, que j’y aille ou pas, d’ailleurs, parce que je suis un fils ou une fille de Dieu, et que Dieu a quelque chose à me donner encore. Elles sonnent en semaine, des obsèques ont lieu, une famille est en peine, une vie s’est achevée, mais cette vie, terminée ici-bas, nous nous unissons pour la confier à la miséricorde exercée par le Christ Jésus pour qu’elle puisse entrer dans la vie en plénitude. Toujours les cloches de nos églises nous rappellent que la vie ne se limite pas à ce que nous en voyons, à ce qui s’en mesure, mais que Dieu y agit pour nous et surtout en nous et par nous, à travers nous. C’est une joyeuse nouvelle, qui parcourt le ciel et les champs et les villes et les villages, que l’humanité n’est pas réduite à ses seules forces, mais avance et grandit dans la grâce de Dieu. Toujours nos cloches célèbrent le grand fait chrétien, le grand fait du Christ : Dieu est venu au milieu de nous et Dieu vient à nos devants. Notre vie n’est pas une marche sans but, harassante ; elle peut être une course ou une marche vers Celui qui vient.

Parfois, il est vrai, les cloches sonnent pour annoncer la catastrophe. Ce put être parfois l’annonce d’un incendie, ce fut le tocsin le 1er août 1914. Notre croissance intérieure, nos efforts pour vivre bien et pour vivre mieux, pas seulement en quantité mais en qualité, pas seulement en consommation mais en engagement dans nos actes, risquent toujours de se heurter aux troubles de la nature et aux soubresauts dramatiques de l’histoire humaine. Jésus en prévient : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots… » En ces temps d’inquiétude écologique, nous pouvons entendre de tels propos avec sérieux. Mais Jésus n’annonce sans doute là rien d’extraordinaire. L’histoire de l’humanité est scandée par des moments de crise. Ce que Jésus nous dit d’original et d’audacieux vient plutôt dans la suite : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. » Il ne s’agit de s’imaginer être préservés des catastrophes et de leurs conséquences. Il s’agit d’un appel à faire face avec toute la dignité de fils et de filles de Dieu qui nous habite parce qu’elle nous a été donnée et que nous avons appris à la mettre en œuvre. Il s’agit de croire que même ces catastrophes ne pourront nous contraindre à vivre autrement qu’en fils et filles de Dieu, autrement qu’en nous tenant debout devant le Fils de l’homme. Nous ne devrions pas, nous chrétiens, baptisés et confirmés, nous laisser entraîner dans le flot des passions qui parfois saisissent les peuples. Nous devons plutôt assumer nos devoirs avec un cœur généreux et fort et garder notre tête non pas froide mais dans la foi, l’espérance et la charité. Car nous savons, nous, que l’histoire humaine n’est pas faite pour le chaos mais pour la communion, pour la haine mais pour la réconciliation, pour la peur de manquer mais pour le partage.

Frères et sœurs, nous vivons des temps remplis d’inquiétude, comme il en fut d’autres avant nous, mais avec, bien sûr, des caractéristiques propres. Un monde se défait autour de nous, à différents niveaux, et il n’est pas facile de voir quel monde émergera. Mais nous, nous savons que Dieu ne cesse pas d’œuvrer pour rassembler les êtres humains dans sa plénitude et sa paix. Nous savons que les moments de calme, de réconfort, de joie que nous pouvons connaître ici-bas annoncent notre véritable avenir, parce que Dieu, en Jésus, venu en notre chair et mort pour notre salut, a jeté tout son poids dans la balance. Nous savons que, quoi qu’il se passe, Dieu « fera germer pour David un germe de justice ». Alors, oui, frères et sœurs, laissez-moi vous le dire et vous le redire : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant » et encore : « Faites donc de nouveaux progrès, nous vous le demandons, oui, nous vous en prions dans le Seigneur Jésus. » Que les cloches qui sonnent depuis cent ans et depuis bien plus longtemps en réalité vous portent de jour en jour et d’heure en heure cet encouragement,

                                                                                                           Amen.


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