Homélie pour le 1er dimanche de Carême - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 22 février 2021

Homélie pour le 1er dimanche de Carême

Homélie pour le 1er dimanche de Carême, année B, le 21 février 2021, en la basilique Saint-Remi de Reims, appel décisif des catéchumènes.

Nous vivons sous le régime de l’alliance conclue par Dieu avec Noé. Mais ce n’est qu’un pis-aller. « Les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair », Dieu s’y est engagé définitivement, et l’arc-en-ciel, selon la belle poésie du texte biblique, en est le rappel pour Dieu et pour nous ; le problème reste pourtant entier, le problème, le drame, du mal, qui habite la terre et qui traverse tous les humains. Au lieu de vivre notre existence comme la réponse à un don qui nous émerveille, tous et chacun, de manière massive ou plus subtilement, nous abritons en nous une peur de Dieu, une méfiance à l’égard du Créateur, le sentiment plus ou moins confus que tout ne nous a pas été donné et que ce que nous avons n’est pas vraiment ce qui nous convient, qu’autre chose, qui ne nous est pas proposé, serait meilleur pour nous. Noé est un homme juste ; en lui l’histoire de l’humanité au sein du cosmos se poursuit, mas le travail intérieur du mal n’a pas été supprimé par les flots du déluge.

A un autre bout de l’histoire, au milieu de l’histoire, voici Jésus : « Dieu sauve » est son nom et sa mission. Saint Marc nous le montre, dans le désert, quarante jours et quarante nuits, parmi les bêtes sauvages, servi par les anges. Il est comme Adam, mais Adam dans le jardin dévasté, – c’est cela aussi le désert-, en harmonie avec les animaux et les anges, dans l’attente des hommes. Quarante jours, quarante nuits, il reste seul au désert, seul sinon la compagnie des bêtes et des anges, seul mais se préparant à partir à la recherche des humains. Il a reçu le baptême de Jean : il est venu comme un Juif de son temps, attiré par la voix de ce prophète inattendu ; en descendant dans l’eau du Jourdain, il s’est mis au rang des pécheurs, il a rejoint l’humanité qui reconnaît avoir déçu son Créateur et qui attend de lui un renouveau de vie. Poussé au désert par l’Esprit-Saint, y restant quarante jours et quarante nuits, il est tenté par Satan. En sortant de l’eau du fleuve, il a entendu la voix du Père le saluant comme « le Fils bien-aimé » ; maintenant, pendant ces jours et ces nuits, il lui faut se déterminer à aller à chercher les fils et les filles que Dieu espère, les frères et les sœurs que le Père veut lui donner.

 En recevant le baptême de Jean, Jésus sort de la vie cachée, il entre dans l’exercice de sa mission, il entame une phase nouvelle de sa vie, appelant Israël et tous les humains à renouveler l’alliance avec Dieu, à entrer dans l’alliance nouvelle et éternelle dont l’alliance avec Noé et l’alliance avec Moïse et l’alliance avec David sont les annonces et les prémices. Mais pour vivre cela, il ne suffit pas d’un acte décisif ; cet acte décisif auquel il s’est préparé pendant trente ans, il faut aussi l’affermir en sa liberté la plus profonde, choisir d’aller vers les humains selon ce que veut le Père, pour être le Messie selon le cœur de Dieu et non selon les idées des hommes, il faut consentir de tout son être à devenir le Seigneur des humains non selon les moyens des hommes, encore moins selon les moyens de Satan, mais selon la manière de Dieu qui consiste à se donner plus encore à ceux et celles qui ne reçoivent le don qu’avec méfiance. Jésus, dans le désert, goûte l’harmonie avec les animaux et avec les anges, avec l’autre que l’humain, pour se préparer à rejoindre les humains en visant le plus intérieur de chacun, l’âme de l’âme de chacun, pour faire ressortir la promesse qui y est contenue et aussi pour tirer au jour ce qu’il y a de refus, de fermeture en chacun afin de l’en libérer ou de l’en guérir. Il prend le temps ou le temps lui est donné pour faire sienne en lui, dans son intelligence, sa volonté sa mémoire, la volonté du Père, le désir du Père Créateur, que tout être humain, si abîmé soit-il par le péché, si méfiant soit-il son égard, accède à la dignité de fils ou de filles.

Frères et sœurs catéchumènes, de manières variées, l’appel du Christ Seigneur a retenti pour vous : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Certains parmi vous depuis leur enfance, d’autres tout récemment, vous avez entendu la voix du Christ et quelque chose en vous, le plus profond, le plus décisif de vous, a résonné. Vous avez senti vibrer une fibre profonde de votre être spirituel. Cette voix du Seigneur en rencontrant vos oreilles mais aussi votre intelligence, votre volonté, votre mémoire, vous a fait regarder de manière nouvelle votre être, votre vie, le monde au sein duquel vous vivez. Vous avez cherché à mieux connaître ce Jésus, vous avez rencontré des disciples de Jésus, des membres de son Corps, qui vous ont aidé à mieux l’entendre, à réaliser ce que pouvait signifier répondre à son appel. Vous avez pris au sérieux la promesse que « le règne de Dieu est tout proche ». Vous avez décidé de laisser Jésus vous rejoindre pleinement. Vous avez franchi le pas qui consiste à lui demander de vous entraîner avec lui dans sa plongée, – le baptême, c’est une plongée-dans la vie éternelle pour avoir part à sa vie de fils bien-aimé et unique du Père Créateur. En vous considérant dans la force de votre désir du baptême et de la vie chrétienne, nous nous souvenons que le baptême n’est pas qu’un lavage extérieur, mais « l’engagement envers Dieu d’une conscience droite ». Car Jésus est venu parmi nous, pour être de nous tous celui-là qui met toute sa confiance en Dieu et afin que nous aussi, avec lui et en lui, nous trouvions les chemins de la confiance totale

Avec vous, et, en un sens, pour vous, aujourd’hui, l’Église entière entend l’appel du Seigneur : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». Avec vous et pour vous, elle contemple à nouveau son Seigneur, ayant reçu le baptême de Jean, priant et jeûnant seul dans le désert, sortant de sa vie cachée pour venir nous rejoindre, nous tirer à lui. Avec vous et pour nous, nous comprenons que, de même qu’il est allé quarante jours et quarante nuits dans la solitude du désert pour se préparer à aller à notre rencontre de manière nouvelle, de même il est entré un jour dans la solitude extrême de la Passion et de la mort pour venir dans sa résurrection nous entraîner avec lui par-delà le mystère de la mort et du péché, afin que nous vivions avec lui d’une vie purement vivante, purement vivifiante, celle qu’il reçoit du Père dans l’éternité. Durant ces quarante jours du Carême, tous, nous tâchons d’affermir en nous le désir et la volonté de nous laisser rejoindre par Jésus. Ce matin, nous vous contemplons, vous qui allez répondre solennellement à son appel. Vous nous encouragerez, nous vous accompagnons. Avec les animaux sauvages et avec les anges, nous vous disons qu’il vaut la peine de se laisser entraîner par Jésus, parce que lui est le salut de Dieu, lui est le Noé qui nous fait passer de la vie à la vie pour toujours, de la survie à la vie dans la communion de tous avec tous en Dieu. Avec Jésus qui quitte le désert pour la Galilée, vous nous rappelez que « le règne de Dieu est tout proche » et que, oui, vraiment, il vaut la peine de se convertir, de travailler à mieux orienter sa vie, et de croire, pour de vrai, à la bonne nouvelle de la promesse de Dieu qu’est Jésus en tout lui-même,

                                                                                                   Amen.


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