Homélie pour la fête de Saint Antoine de Padoue - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 15 juin 2020

Homélie pour la fête de Saint Antoine de Padoue

Homélie pour la fête de saint Antoine de Padoue, le samedi 13 juin 2020, en l’église Saint-Antoine-des-Hauts-Buttés.

Connaissons-nous saint Antoine de Padoue ? Oui, et non.

Nous savons des choses sur sa vie, nous pouvons lire sa biographie. Nous savons surtout ce qu’il fait. Nous savons ce que nous lui confions, ce que nous lui demandons, et nous l’aimons parce que nous le sentons attentif à nos besoins les plus concrets. Il est comme un ami du ciel dont il n’est pas nécessaire que nous sachions grand-chose pour que lui s’intéresse à nous et réponde à nos attentes.

Tel est le paradoxe de saint Antoine de Lisbonne, de Brive, de Padoue, de Goa et des Hauts-Buttés, peu connu, si vénéré, si aimé.

C’est que lui, en réalité, s’est peu soucié d’être connu. Ce fils de la noblesse portugaise aurait pu avoir une vie confortable, même comme prêtre. Etant doué d’une intelligence brillante et d’un grand don de parole, il aurait même pu faire une carrière brillante et être, dans un domaine ou l’autre, une gloire pour sa famille, pour son pays, pour l’Église. Peut-être l’a-t-il un temps envisagé ? Mais le témoignage des Franciscains martyrs au Maroc l’a jeté dans un tout autre chemin.

Il a voulu que le Christ Jésus soit le cœur de son cœur. Il a voulu que la tendresse de Dieu manifestée en son Fils bien-aimé venu dans notre condition humaine en commençant parmi nous comme un petit enfant, soit le centre de ses pensées et de son action. Il a choisi l’école la plus radicale de son époque, celle de François d’Assise, celle de la pauvreté non seulement consentie mais aimée, et de la fraternité, non seulement pratiquée selon les modalités d’une règle mais vécue intensément avec les autres frères et aussi avec tous les hommes et toutes les femmes rencontrées au long des routes.

Dans cette radicalité-là, qui peut paraître folle, il a reconnu la sagesse qui fait l’être humain vivant, communiant avec tous les êtres parce que communiant avec Dieu. Il a été un prédicateur réputé, il connaissait par cœur les saintes Écritures, mais nous ne connaissons aujourd’hui plus guère ses sermons. Il n’a pas laissé de livre. Seulement, en l’évoquant, nous sentons bien que celui-là, Antoine, a connu « ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu » : il a su que Dieu agit pour que les morts entrent dans la vie ; il a su qu’aux yeux de Dieu, les plus intéressants en ce monde sont les pauvres et les petits, les méprisés ; il a su et  a su dire que le pécheurs eux-mêmes peuvent toujours se convertir et venir à la vraie vie ; il a su et su convaincre qu’il n’y a pas de vie si cabossée que Dieu en soit dégoûté.

Antoine n’a rien voulu savoir, sinon « Jésus Christ, ce Messie crucifié ». Ainsi a-t-il été et est-il toujours « sel de la terre », quelqu’un grâce à qui la vie de beaucoup reprend du goût et du sens. Ainsi a-t-il été « lumière du monde », quelqu’un vers qui nous pouvons tourner les yeux à tout moment de nos vies, parce que sa lumière ne nous humilie pas mais nous console, sa sainteté ne nous étonne pas mais nous rassure, sa chasteté ne nous impressionne pas mais nous fait espérer que nos faiblesses, nos compromis, nos médiocrités sont compensées par ce qu’il y a en lui de surabondant.

Frères et sœurs, en venant prier en ce jour, près de saint Antoine, vous acceptez qu’il vous montre celui-là seul qui l’a intéressé et à cause de qui tout être vivant l’intéresse : le Seigneur Jésus-Christ. Vous venez, nous venons demander bien des choses, et nous avons raison, mais vous savez, nous savons que la prière permet surtout de recevoir l’Esprit-Saint, la sagesse même qui a habité le Seigneur Jésus. Nous attendons de saint Antoine de Padoue son aide en des aspects très matériels de nos vies, et nous avons raison, car le matériel est toujours le signe de l’esprit. Acceptons, acceptez, que saint Antoine de Padoue vous procure mieux que ce que vous espérez : non pas forcément la chose que vous attendez, mais l’expérience d’une amitié, d’un regard. Auprès de lui, vous recevez, nous recevons, l’assurance que lui, Antoine, nous regarde avec bienveillance et, par lui, que Dieu nous regarde, vous regarde avec tendresse, qu’il compte bien vous tirer à lui pour la vie éternelle.

Alors, frères et sœurs, prions et supplions en ce jour. Rendons grâce aussi pour ce qui nous a été accordé, remercions déjà pour ce que nous demandons.

Car oui, certes, nous connaissons peu saint Antoine de Padoue, mais nous le reconnaîtrons dans la gloire du ciel, s’il plaît à Dieu que nous y ayons part, dans la vie pour toujours parce que toutes ses œuvres à lui brilleront et qu’elles nous auront servi de guide au long de nos routes terrestres,

                                                                                                         Amen.

+ Eric de Moulins-Beaufort


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