Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire avec les pèlerins en VTT - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 13 juillet 2021

Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire avec les pèlerins en VTT

Homélie de Mgr Eric de Moulins Beaufort pour le 15ème dimanche du temps ordinaire avec les pèlerins en VTT, le 11 juillet 2021 en l’Eglise Saint Brice de Tourteron.

L’évangile selon saint Marc raconte l’histoire de Jésus, comme tous les évangiles, en répondant à la question : « Qui est Jésus ? ». Il nous a fait écouter Jésus parlant, voir Jésus agissant, entendre ou voir les réactions de ceux et celles qui rencontrent Jésus. Or, il se trouve qu’à mesure que le temps avance, Jésus suscite l’intérêt, l’enthousiasme, l’adhésion, mais aussi et de plus en plus la résistance et le rejet. Pour Jésus, il est devenu clair que, pour atteindre l’humanité entière, il ne parviendra pas à entraîner Israël tout entier. Il y faudra plus de temps, plus de patience et de persévérance. Il faudra aller à chacune et à chacun. Jésus, en effet, vient pour rassembler l’humanité mais non par la force ni par le travail ni même par une même appartenance ethnique ou historique. Il vient pour rassembler l’humanité entière, tous et chacun et chacune des êtres humains, dans une fraternité qui réponde à l’unique paternité de Dieu. Il ne vient pas fonder un empire, il ne cherche pas à vendre un produit, même spirituel, partagé par tous, il a pour mission de convaincre tout être humain que sa vérité est de vivre fraternellement avec tous les autres, que c’est ainsi qu’il rejoint le dessein de Dieu le Créateur et qu’il peut se préparer et préparer tous les autres à la vie qui n’aura pas de fin, à la vie vraiment vivante.

Alors, nous venons de l’entendre, Jésus donne à quelques-uns de ses disciples de faire ce que lui-même fait. Il les envoie vers les villes et les villages faire des guérisons et appeler à la conversion. Ainsi, au long de l’histoire d’Israël, a fait Dieu face à la résistance ou à la réticence des humains. Non pas renoncer, non pas non plus menacer mais susciter des prophètes, susciter d’autres porteurs de l’offre de son alliance, pour la proposer inlassablement aux hommes. Ainsi feront plus tard les Apôtres, lorsqu’il y aura des disputes dans la communauté des chrétiens de Jérusalem : ils choisiront sept hommes à qui ils imposeront les mains pour qu’ils les aident au service des tables, de façon à ce que, eux, les Apôtres, puissent se consacrer à la prière et à la prédication. En notre temps, frères et sœurs, où beaucoup ne viennent plus écouter la Parole de Dieu et se nourrir de son Eucharistie, le Pape, vous l’avez peut-être entendu ou lu, inviter à instituer des laïcs, hommes et femmes, lecteurs, acolytes, catéchistes. Notre diocèse, vous le savez, a pour projet pastoral, que les prêtres avec celles et ceux qui voudront bien les accompagner, même ponctuellement, momentanément, aillent à la rencontre de tous, dans les villages et les quartiers de nos villes, en « missions itinérantes », car autant et même plus que jamais nos contemporains ont droit d’entendre la bonne nouvelle : chacune, chacun, est appelé à vivre pour toujours ; chacune, chacun peut s’orienter ou se réorienter vers la vie en plénitude dès aujourd’hui, et tout pas, même minime en cette direction vaut la peine.

Nous avons entendu en seconde lecture la grande hymne par laquelle saint Paul bénit Dieu en ouvrant sa lettre aux Éphésiens : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, il nous a béni et comblé des bénédictions spirituelles au ciel dans le Christ. Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus le Christ. » Jamais nous ne le dirons assez, jamais nous ne nous le dirons assez, frères et sœurs : nous ne sommes pas là, sur terre, nous ne vivons pas seulement pour être des producteurs et des consommateurs, des ouvriers ou des agriculteurs ou des ingénieurs ou des médecins, notaires, avocats, communicants, ou même des soignants ou que sais-je ! Nous sommes là pour devenir, autant que nous le voudrons des fils et des filles du Père et apprendre à vivre en frères et en sœurs heureux de participer à l’œuvre du Père, heureux d’avoir à apprendre à nous aimer les uns les autres, c’est-à-dire à nous regarder les uns et les autres comme dignes de vivre, importants hacun ou chacune pour tous, poterurs chacune ou chacun de promesses pour tous les autres. Nous savons bien que la vie concrète est moins belle, que nous avons des raisons aussi de nous méfier les uns des autres, que toute relation humaine peut se teinter plus ou moins gravement de tentations de domination, de captation, d’appropriation par l’un de ce qui devrait être partagé avec tous. Et pourtant, nous osons croire que le dernier mot de l’histoire humaine ne se trouve pas dans nos organisations sociales, si ajustées soient-elles, mais dans la qualité des relations que nous essayons de nouer les uns avec les autres. D’où l’importance dans notre projet aussi des « fraternités de proximité » par lesquelles nous pourrons nous aider à vivre en disciples du Christ.

Lorsque Jésus envoie les Douze, c’est nous tous qu’il envoie à travers l’espace et les siècles. Comprenons bien cela : nous ne sommes pas là où nous sommes simplement par hasard ou par malheur. Nous sommes envoyés. Dans votre famille, dans votre métier, dans vos relations sociales, vous êtes des envoyés. Vous devez vous apporter vous-mêmes, mais vous pouvez aussi apporter déjà celui qui est plus grand que vous et qui vous donne de ne pas trop encombrer les autres avec vous-mêmes, avec votre moi égoïste, mais d’offrir à tous en vous un espace où chacun peut se déployer un peu plus lui-même. Jésus ne nous envoie pas essayer d’augmenter le nombre des adhérents ; Jésus nous envoie montrer qu’il est possible et qu’il vaut la peine de vivre non pour survivre seulement mais pour nous apporter les uns aux autres le meilleur que nous pouvons. Je le dis spécialement pour vous, jeunes gens qui participez au pèlerinage VTT : vous vous préparez à mener un jour votre vie par vous-mêmes. Ayez conscience que vous êtes des envoyés en ce monde, envoyés auprès des autres pour leur donner des signes que notre existence humaine ne se limite pas à la survie ici-bas, des signes que nos engagements d’ici-bas répondent à l’engagement sans limite de Dieu en notre faveur à tous et à chacun afin que tous nous puissions avoir part éternellement à sa vie. Certes, comme le prophète Amos, vous n’êtes que ce vous êtes, vous n’aurez pas forcément tous les talents, votre caractère ne sera peut-être pas facile, vous n’aurez pas toutes les allures d’un saint ou d’une sainte, pas plus que nous. Et pourtant, comme sur le prophète ancien, sur vous Dieu compte. Sur vous que les autres pourront si facilement récuser, Dieu fait reposer sa grâce pour qu’elle atteigne d’autres et les fasse entrer dans la bénédiction de Dieu.

Tout n’est pas si simple bien sûr. C’est pourquoi l’envoi que Jésus fait des Douze au moment de l’évangile selon saint Marc où nous sommes n’est encore qu’un exercice, un entraînement, une première fois. Jésus doit, lui, se préparer à aller plus loin que ce que ses disciples peuvent faire. Pour dépasser la résistance et la réticence des humains, il va lui falloir subir le rejet le plus complet, le plus définitif, affronter la douleur et la souffrance et la mort pour finir. Il va lui falloir aller plus loin dans le don de soi que l’abaissement qu’il a déjà consenti à prenant notre condition humaine : « En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder sur nous en toute intelligence et amour. »

Ceci peut nous aider à répondre à une question que vous vous posez peut-être. Saint Marc nous dit que les Apôtres « expulsaient de nombreux démons, faisaient des onctions d’huile aux malades et les guérissaient. » Tout serait simple et évident, incontestable et indiscutable, si, venant à quelqu’un au nom de Jésus, nous lui apportions à tout coup une guérison sensible, médicalement constatable. Il n’en va pas ainsi. Mais si Jésus a donné, à ce moment-là, ce pouvoir à ses apôtres, c’est qu’il ne pouvait pas encore leur donner le meilleur qu’il préparait encore. A nous, il est donné de célébrer l’Eucharistie du Seigneur, de donner et de recevoir et de partager son Corps livré et son Sang versé ; à nous il est donné d’annoncer et de proclamer, de demander et de recevoir son pardon sur nos péchés ; à nous, il est donné de contribuer par tout ce que nous portons à l’œuvre du salut de tous les autres, à l’immense effort de Dieu pour dépasser la résistance des humains au bien qu’il veut leur donner et leur permettre de vivre. Nous ne sommes pas moins dotés que les Douze en Galilée : entre nos mains, le Seigneur Jésus a mis les fruits de sa Passion et de sa Résurrection. L’Eucharistie, le pardon du Seigneur, sa Parole proclamée et méditée, le don de l’Esprit-Saint peuvent paraître des moyens faibles. Nous préférerions des résultats plus tangibles, plus palpables. Mais tous ces dons sont des gages, nous dit saint Paul, des bénédictions éternelles de Dieu et c’est ainsi que le Dieu vivant travaille à former en nous des âmes de filles et de fils, de frères et de sœurs ouverts à toutes les rencontres pour l’éternité.

Alors, frères et sœurs, réjouissons-nous d’être choisis par Dieu et envoyés en ce monde par Jésus, et demandons ensemble à vivre et agir de manière à ce que celles et ceux qui nous rencontrent puissent bénir Dieu pour sa bonté. Réjouissions-nous de bénir Dieu nous-mêmes par toute notre vie,

Amen.


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