Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour le dimanche in albis - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 12 avril 2021

Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour le dimanche in albis

Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour le 2ème dimanche de Pâques, année B, dimanche in albis et de la miséricorde divine, le 11 avril 2021, en l’église Notre-Dame de Neuvizy.

Ces signes « ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » Ainsi s’achève une première fois l’évangile selon saint Jean. Une première fois parce que vient ensuite un chapitre 21 tout entier occupé par le récit de la rencontre de Jésus avec sept de ses disciples au petit matin, après une nuit de pêche infructueuse, au bord du lac de Tibériade. Ce que nous venons d’entendre conclut donc déjà l’évangile, la bonne nouvelle que l’évangéliste Jean a à nous communiquer ou nous partager. « Pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » La foi n’est pas d’abord une question d’idées, la foi est avant tout une vie, une vie donnée et reçue, une vie partagée. Croire, c’est accéder à « la vie en son nom », à une vie plus intense, plus dense, plus riche, plus intéressante, parce qu’elle est « vie en son nom. » Voilà, frères et sœurs, ce que les baptisés de Pâques nous rappellent, ce qu’ils nous mettent sous les yeux : en demandant le baptême, ils renoncent à beaucoup, ils prennent sur eux le joug du Christ, ils « se mouillent », c’est le moins que l’on puisse dire, pour le Christ. Ils et elles font ce choix parce qu’ils et elles ont perçu qu’en lui, par lui, la vie humaine, leur vie humaine, se trouvait transformée, était plus réellement vivante.

Tout est dit, d’une certaine façon, par ces simples mots : « Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. » Notre foi est foi en la présence de Jésus, plus exactement en sa venue. Il vient à nous, si enfermés puissions-nous être ; il vient à nous pour nous partager ce qu’il est et nous envoyer porter aux autres ce que nous n’avons pas encore : « Recevez l’Esprit-Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Parce qu’il vient à nous, parce qu’il s’approche de nous, nous pouvons espérer porter le pardon, c’est-à-dire l’espérance que la vie de chacun est meilleure, a plus de prix et de poids et de beauté et de bonté, que ce que chacun fait ou a pu faire. Nous n’apportons pas une telle espérance par nous-mêmes, cela n’aurait pas de sens, mais nous en sommes témoins parce que Jésus est venu et qu’il vient. Chaque Eucharistie, en particulier, chaque eucharistie dominicale, célébrée le huitième jour, nous fait célébrer la venue de Jésus, « là, au milieu de nous. » Vous l’avez remarqué, frères et sœurs : il montre ses mains et son côté ; il souffle sur ses disciples ; lorsque, huit jours plus tard, il vient au milieu d’eux et s’adresse à Thomas, il offre à son toucher ses mains et son côté. Jésus ne vient pas en idées, mais en son corps et son âme, en sa pleine humanité transfigurée par la Résurrection et sa pleine divinité, à laquelle nous ne pouvons accéder qu’à travers son humanité, ainsi que le fit Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Thomas n’a pas forcément mis ses doigts ou sa main dans les plaies de Jésus mais, voyant le Crucifié vivant, il confesse Dieu, le Dieu qui donne la vie et promet la vie éternelle. Nous n’avons pas à vivre des idées de Jésus ou des valeurs de Jésus, mais lui nous donne de vivre de sa présence à lui, de sa venue à lui, de sa bonté à lui, de sa tendresse à lui, de sa miséricorde à lui, de ce qui déborde de lui, en tant que personne humaine présente et vivante et vivifiante.

Il ne nous envoie pas proclamer des idées d’abord, mais porter son pardon, le pardon du Père., le fait qu’il n’a pas de mépris pour nous, qu’il n’a pas honte, lui le Fils bien-aimé, de nous présenter comme ses frères et ses sœurs. Nous sommes envoyés pour alléger le poids qui pèse sur l’humanité en pardonnant comme, lui, Jésus a pardonné. Il ne s’agit pas de pardonner le mal causé à d’autres que nous, mais bien de pardonner le mal qui nous a été fait à nous, à chacun de nous. La lettre de saint Jean nous appelle au même réalisme : « Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. » Saint Jean appelle cela « être vainqueur du monde. » Vainc le monde celui ou celle qui peut y vivre en gardant les commandements de Dieu. Vaincre le monde ne signifie pas le dominer, le maîtriser, mais parvenir à y vivre selon l’amour de Dieu et du prochain et non selon tout autre loi, toute autre mécanique que le monde nous proposerait. Pour cela, il faut rien moins qu’une nouvelle naissance, une nouvelle création : Jésus souffle sur ses disciples, comme le Créateur au commencement de tout ; il inaugure une nouvelle naissance, de l’eau et de l’Esprit. Car il s’agit bien de laisser passer à travers soi, à travers nos propres actes, ce qui a jailli du côté ouvert de Jésus : l’eau et le sang qui ont coulé signifiaient ce qui habitait le cœur de Jésus, ce qui, lentement, sûrement, patiemment, s’est distillé en lui en regardant vivre les humains, en partageant leurs peines et leurs joies. Le pardon, la miséricorde, selon Jésus, ne sont pas des mots, des concepts. C’est ce qui habite son cœur, ce qui, sur la croix, a jailli de sa bouche comme l’eau et le sang de son côté transpercé.

Saint Thomas doit apprendre cela et nous avec lui. Seul Jésus vraiment ressuscité, vraiment mort et vivant par-delà la mort, peut faire de nous tous des porteurs du pardon de Dieu. Encore une fois, non pas de l’idée de pardon mais de l’acte consenti de toute sa chair, toute sa sensibilité, son attention. C’est pourquoi Jésus se donne à voir, et plus encore à rencontrer, par ses disciples. Lui seul peut nous rendre porteurs de la miséricorde comme lui seul peut nous nourrir de sa fraternité, de sa manière de vivre la fraternité. Il vient à nous pour cela, chaque huitième jour, dans l’Eucharistie, afin que ce soit son geste que nous célébrions. Or, son Eucharistie crée entre nous une fraternité ; en nous unissant à lui, elle nous unit les uns aux autres. Certes, frères et sœurs, nous ne vivons sans doute pas l’idéal de la fraternité dont nous avons entendu la description dans le livre des Actes des Apôtres. Ce qui a été vécu au tout commencement, nous peinons à le rejoindre, parce que nous sommes nombreux et que le temps est long et la vie compliquée. Pourtant, nous pouvons apprendre, comme saint Thomas, à voir ce dont nous vivons déjà. En nous rassemblant le dimanche, en nous organisant pour faire vivre notre communauté, nous n’en restons pas à l’idée de fraternité. Nous acceptons d’être les uns avec les autres, sans nous être choisis mais parce que nous sommes choisis par le Christ et donnés les uns aux autres. Lorsque nous disons à Jésus, dans son Eucharistie, « mon Seigneur et mon Dieu » et que nous l’entendons nous dire : « Ne sois pas incrédule, sois croyant », eh bien, croyons que oui, nous pouvons apprendre à vivre en frères et sœurs, déjà avec celles-là et ceux-là qui reconnaissent le Christ comme Seigneur, et que, oui, nous pouvons ensemble nous aider à vivre fraternellement en ce monde. Car « qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? »,

                                                                                           Amen.


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