Discours pour le 4ème anniversaire de l'assassinat du Père Jacques Hamel - Mgr Eric de Moulins-Beaufort - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 26 juillet 2020

Discours pour le 4ème anniversaire de l’assassinat du Père Jacques Hamel – Mgr Eric de Moulins-Beaufort

Aujourd’hui, dimanche 26 juillet, Mgr Eric de Moulins-Beaufort célèbre la messe avec Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, en souvenir du Père Jacques Hamel, assassiné 4 ans auparavant dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Notre archevêque, par ailleurs, président de la Conférence des Évêques de France, a ensuite prononcé un discours en présence de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur.

Les assassins du Père Hamel, – enfants perdus de notre pays, pourquoi ? comment ? -, ne se sont pas trompés de cible. La main qui les a guidés, – celle de Satan, apostrophé par le Père Jacques Hamel, avec ou sans celle de quelque être humain, qui le sait -, les a conduits vers un prêtre, un bon prêtre, un de ces prêtres que l’on appelle volontiers de « saints prêtres ». Le 26 juillet 2016, alors que, depuis des mois, sortaient de tous côtés des récits de méfaits, de crimes, parfois fort anciens, qui n’avaient été pas vus, pas regardés ou pas traités comme tels, alors que la France découvrait avec stupeur qu’il y avait eu chez elle aussi des prêtres abuseurs, le Père Hamel, assassiné pour aucune autre raison qu’il était prêtre catholique et qu’il célébrait la messe, a fait ressurgir le visage de tant et tant de bons prêtres, de saints prêtres, qui ont servi comme ils devaient servir, sans éclat particulier, en apportant à beaucoup consolation, espérance, confiance, dans les drames petits ou grands de la vie, et aussi, réflexion, exigence morale, appel à vivre dans la lumière, dans le cours ordinaire de l’existence. Ceux et celles qui croient au Christ Jésus et au Père de miséricorde, ont reçu d’eux de quoi fonder leur liberté ; ceux et celles qui n’y croient pas ou qui ont décidé de ne plus y croire, ont reçu d’eux aussi souvent une confiance certaine en l’humanité.

Les assassins du Père Hamel se sont d’autant moins trompés que ce matin-là, comme tous les matins, le Père Hamel célébrait la messe. C’était son office, son devoir, sa vie aussi. Il la célébrait, ce 26 juillet-là, avec deux religieuses et un couple. Deux religieuses, de ces femmes formidables qui ont donné leur vie par amour de Dieu et du prochain et dont beaucoup ont été pour des générations d’hommes et de femmes et d’enfants, un signe proche de la douceur et de la bonté de Dieu, de ces femmes qui ont porté au loin parfois la lumière de la foi chrétienne pour la partager avec d’autres, y joignant l’espérance et la charité active. Un couple aussi, un monsieur et une dame, mariés depuis des décennies, qui venaient à la messe spécialement ce matin-là pour fêter l’anniversaire du mari.

Cela a fait la France. Cela a à tout le moins contribué à la constituer. Cela continue de former l’âme de notre pays, plus modestement peut-être, mais certainement. Des hommes et des femmes qui s’efforcent de mener leur vie selon l’attente du Créateur, leur Seigneur ; des hommes et des femmes qui font chaque jour leur besogne, sans rechigner, avec tout le cœur possible, et qui la remettent à plus grand qu’eux pour qu’elle puisse porter du fruit par-delà leurs faiblesses. Des hommes et des femmes exigeants avec eux-mêmes, parfois un peu avec les autres, mais sans orgueil et avec moins encore de vanité. Ils consentent de bon cœur que leur segment de vie ne soit pas pour leur plaisir seulement, mais soit repris et porté et dilaté par « Celui qui est plus grand qu’il se puisse penser » (saint Anselme du Bec-Hellouin), et serve « à la gloire de Dieu et au salut du monde » (missel romain).

Les catholiques de France sont honorés, Monsieur le Ministre, que vous veniez ce matin, aussitôt votre prise de fonction, alors que les fractures qui traversent notre pays et les tensions qui l’agitent se font sentir rudement après l’apaisement apparent du temps du confinement, vous joindre à l’hommage rendu ici depuis quatre ans au Père Hamel et à la prière qui monte d’ici, avec une intensité particulière, pour que la fraternité l’emporte dans les relations humaines en notre pays comme ailleurs. Vous le savez, Monsieur le Ministre, les catholiques en France ont quelque raison de s’inquiéter, comme tous nos concitoyens, devant la récurrence d’actes qui sont souvent des incivilités, parfois des vols ou des dégradations volontaires, quelquefois des profanations, et de temps en temps des violences qui indiquent que certains voudraient nier l’histoire de notre pays et la présence de la foi chrétienne en son sein. Mais, plus encore que leur sécurité, ce qui inquiète les catholiques, et avec eux beaucoup de femmes et d’hommes qui parfois parlent et plus souvent se taisent, ce sont les décisions qui se préparent en matière de procréation médicalement assistée et de recherche sur les embryons humains : si elles sont adoptées, elles feront avancer plus encore notre pays dans un chemin de plus en plus irrésistible qui transformera la conception d’un enfant en un acte de fabrication appuyé sur un marché. Je me dois de le dire même si ce n’est ce débat qui nous réunit aujourd’hui.

Ici, à Saint-Étienne-du-Rouvray, la brutalité du crime a dégagé ensuite une lumière précieuse : il y a dans notre monde des forces de haine, mais il y a aussi des forces de pardon, de réconciliation, de confiance mutuelle. Les deux religieuses, le mari et la femme réunis le 26 juillet 2016 avec le Père Hamel mais aussi les membres de la famille du Père Jacques Hamel, leurs amis, ont su dire leur prière pour la paix du monde, pour la pacification des cœurs, pour le respect et l’estime entre tous. Ces femmes et cet homme ont su dire leur supplication pour ces deux garçons à peine entrés dans l’âge adulte et qui ont cru grandir leur vie en prenant celle de quelques autres. Les paroissiens de Saint-Étienne-du-Rouvray, que je suis heureux de saluer, les citoyens et citoyenne de cette commune, et les diocésains de Rouen ont accepté aussi d’entrer dans cette logique de la miséricorde, qui est le don que le Christ Seigneur fait à ses disciples.

Ici a été rendu clair que la radicalité de la foi est une grande et belle chose, tandis que le radicalisme est une pathologie.

Ici a été rendu clair que le sérieux de la croyance religieuse nourrit l’estime réciproque des croyants, – et je suis heureux de pouvoir dire aujourd’hui mon respect et ma gratitude à tous les musulmans qui ont voulu, après ce drame, exprimer leur rejet de toute violence et qui ont su trouver des mots et des gestes pour dire leur amitié, leur compassion, et encore leur honte que leur croyance puisse être dévoyée et leur confiance dans un travail commun possible.

Ici aussi est rendu manifeste que la vie sociale de notre pays est nourrie, enrichie, par beaucoup qui, presqu’invisiblement, donnent leur vie au service des autres et « n’attendent d’autre récompense que celle de savoir qu’ils font la volonté de Dieu » (prière dite de saint Ignace de Loyola, prière des scouts). Je remercie vivement M. le Maire de Saint-Étienne-du-Rouvray et M. le Député pour la fidélité qu’ils entretiennent à la mémoire du Père Hamel. Le 26 juillet 2016 fut un jour d’horreur et de chagrin mais aussi un jour où a vibré l’âme de notre pays tout entier.

Monsieur le Ministre, Monsieur le Député, Monsieur le Maire, Messieurs les représentants des communautés religieuses, Mesdames et Messieurs les élus et responsables politiques ici présents, Mesdames et Messieurs qui êtes avec nous ce matin près de la stèle ou qui vous unissez à la cérémonie par les moyens de communication, permettez-moi, en mon nom propre, au nom de Mgr Lebrun et de tous les évêques de France, d’ajouter ceci :

La mort du Père Hamel s’est ajoutée au sacrifice du Christ qu’il était en train de célébrer. Comme chaque messe nous y incite, nous prions pour que se lèvent de partout en notre pays des « artisans de paix » et, à ceux-là, de la part de notre Seigneur, nous disons : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (évangile selon saint Matthieu, 5, 9).


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