Interview croisée de Jean-Edouard Goupil et Jean-Louis Milhau, laïcs ayant participé à la dernière Assemblée plénière des évêques de France - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Publié le 8 janvier 2020

Interview croisée de Jean-Edouard Goupil et Jean-Louis Milhau, laïcs ayant participé à la dernière Assemblée plénière des évêques de France

En novembre dernier s’est tenue la 69ème Assemblée plénière des évêques de France, à Lourdes. Pour la première fois, les évêques étaient tenus d’inviter deux baptisés (prêtres, diacres, religieux/se, laïcs, …) de leur diocèse à prendre part à la réflexion sur la contrainte écologique.

Les évêques du diocèses de Reims et des Ardennes, Mgr Éric de Moulins-Beaufort et Mgr Bruno Feillet, ont proposé à Jean-Edouard Goupil et Jean-Louis Milhau, tous deux laïcs, de vivre cette expérience inédite.

Ils reviennent sur ce temps fort vécu à Lourdes.

Selon vous, pourquoi cette volonté d’associer d’autres baptisés à cette assemblée plénière ? Quelle a pu être la plus-value ?

Jean-Louis Milhau : Des baptisés sont fortement impliqués dans l’Eglise et hors Eglise. Les associer aux travaux de l’Assemblée plénière traduit peut-être la volonté de la nouvelle équipe de la Conférence des Évêques de France (CEF) de « bousculer » leur frères évêques, ainsi que le souci de mettre en œuvre la dimension synodale de l’Eglise.

Jean-Edouard Goupil : C’est une question d’ouverture, de s’enrichir des autres, de sortir de l’entre-soi. Je pense que les évêques ne sont pas vraiment informés de l’état de la planète, de la perte de la biodiversité, du climat, de la question des déchets… ou alors superficiellement. L’Eglise doit maintenant encore plus qu’avant, s’appuyer sur les laïcs : ils sont sur le terrain, au plus près du monde. Ils ne sont pas qu’un vivier de petites mains, ils peuvent aussi penser et donner leur avis.

Et selon vous, pourquoi avez-vous été choisi par nos évêques ? Aviez-vous un rapport particulier à l’écologie ?

J-L.M. : Je pense que c’est parce que j’ai participé à un travail sur l’écologie et Laudato Si en Thiérache tout au long de l’année 2018 – 2019 et que  j’ai participé aux assises chrétiennes de l’écologie à Saint-Etienne,  il y a 3 ou 4 ans…

J-E.G. : Je suis le référent diocésain à l’écologie intégrale. Je suis formé dans différents domaines autour de ces thèmes et bien documenté. Je m’implique de plus en plus depuis une dizaine d’années.

En tant que laïc, vous sentiez-vous à votre place ? Qu’avez-vous ressenti lorsque vous vous êtes retrouvé dans l’hémicycle pour participer à un chantier si important, entouré des évêques de France ?

J-L.M. : Dans l’hémicycle, rien de particulier, c’est comme une grande réunion avec des élus ou autres. J’ai en revanche été plus impressionné lors des eucharisties : 100 évêques en tenue !!!

J-E.G. : Je me suis senti bien à ma place après une petite appréhension. C’est vraiment impressionnant d’être entouré des tous les évêques de France. C’est une vraie chance et un honneur d’avoir été invité. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, que la CEF ait choisi ce thème pour les 3 prochaines années est une chance et une opportunité pour moi.

Quelle était l’ambiance ? Studieuse ? Joviale ? Priante ? Les trois ?!

J-L.M. : Je prends studieuse et priante pas joviale mais simple, fraternelle, silencieuse. J’ai été impressionné par les temps de silence : 300 personnes qui font silence en 3 secondes !

J-E.G. : L’ambiance était priante mais surtout très studieuse. Ces deux jours ont été très intenses.

Pouvez-vous nous raconter dans les grandes lignes vos deux jours à Lourdes ? Quels sujets ont été abordés ? 

J-L.M. :

  • Accueil le lundi soir dans les locaux de l’hospitalité….nuit dans les lits médicalisés !! A deux pas de l’hémicycle de la CEF.
  • Le mardi matin, après la prière à la grotte et l’accueil de l’assemblée par le président de la CEF (notre évêque), 6 intervenants spécialistes de l’écologie avec leur parcours , leurs engagements d’aujourd’hui, leurs questions….intervenants jeunes (40 ans) comme globalement l’ensemble des participants.
    Pas de scoop sur le fond. Approche plus environnementale mais l’humain et l’international ont été abordés. En revanche l’écologie et l’argent, l’écologie et le temps n’ont pas été abordés. Ces interventions ont eu lieu en grand groupe, environ 300 personnes.
  • L’après midi : reprise des 6 ateliers (6×50 personnes). On a veillé, avec Jean-Edouard et nos évêques, à ne pas être dans les mêmes ateliers.
  • Veillée de prière sur l’écologie autour de 3 mots : Merci, pardon et s’il te plait avec extraits de films, textes, chants, musique, silence….un beau moment.
  • Le mercredi :  deux apports théologiques à partir des 6 interventions de la veille pour digérer un peu le contenu et un temps en diocèse pour commencer à réfléchir à l’après.

J-E.G. : Ces deux jours ont été très intenses et de « haute volée »

La première matinée , six intervenants ont exposé l’état de notre planète mais aussi quelques solutions. Ce fut un moment important de ces deux jours car les interventions fut très fortes notamment un collapsologue (Gauthier Chapelle) qui nous a décrit dans un futur très proche un effondrement de l’humanité … C’est courageux de la part de la CEF d’avoir invité des personnes évoquant ce genre de thèse.

L’intervention de Maxime de Rostolan fut aussi un moment important. Il est un pionnier de l’agro-écologie, fondateur de ferme d’avenir et de « extinction/rébellion ».

Quelles rencontres vous ont marqué ?

J-L.M. : Au niveau des rencontres : diversité des personnes présentes avec des jeunes fortement engagés, avec des choix de vie « chouettes ». Deux bébés présents et qui pleurent de temps en temps dans l’hémicycle…de beaux signes !!

J-E.G. : La proximité avec les différents évêques, la rencontre avec Maxime de Rostolan et Raphaël Cornu Thénard, le fondateur d’Anuncio.

Comment cela s’est-il présenté ? Groupés dans l’Hémicycle ? En petit groupe de travail ?

J-E.G. : Le premier matin en plénière tous ensemble, l’après midi en groupe où nous avons choisi nos ateliers avec les intervenants du matin. Le soir une merveilleuse veillée de prière. Le lendemain matin restitution en plénière et temps avec nos évêques par diocèse.

Etes-vous restés ensemble ou vous êtes-vous séparés (et pour quelles raisons ?) ?

J-E.G. : Nous étions ensemble en plénière mais séparés lors des ateliers suivant nos choix respectifs. Mgr Feillet a souhaité que nous fassions les 6 ateliers à nous 3 (avec Jean-Louis Milhau) : nous nous les sommes donc  répartis.

Quel était votre rapport à l’écologie dans votre vie de tous les jours avant d’arriver à Lourdes ? Cette assemblée plénière vous a-t-elle transformé ? Comment en êtes-vous ressorti ?

J-L.M. : Je ne suis pas plus écologiste maintenant mais plus motivé et « armé » pour dire des choses, tenter de faire bouger les lignes. C’est rassurant aussi de voir que tout n’est pas perdu.

J-E.G. : Je suis sensibilisé à l’écologie depuis une dizaine d’années. Nous sommes une famille presque zéro déchet, achetant local, bio, de saison. Laudato Si’ fut pour moi une révélation. Je me demandais pourquoi l’Eglise n’avançait pas dans ce domaine. Avec cette encyclique j’ai été convaincu d’être dans la bonne direction en tant que chrétien également. Ce texte a unifié ma foi et mes convictions écologiques.
Les thèmes abordés me sont familiers. Je n’ai rien appris en termes de chiffres et d’information mais c’est toujours intéressant d’assister à une intervention en direct et de partager avec d’autres.
Je suis heureux que les évêques soient enfin sensibilisés aux enjeux environnementaux.
J’ai vu des participants pleurer dans l’assemblée tellement les discours furent intenses.

Avez-vous déjà eu l’occasion d’en rediscuter à froid avec nos évêques ? Ou peut-être avez-vous prévu de vous réunir à nouveau prochainement pour faire un bilan ?

J-L.M : Un petit travail a été fait sur place avec nos deux évêques et nous avons été  invités le 29 novembre au conseil restreint de l’évêque pour en rediscuter et voir ce qu’il est possible d’initier.

J-E.G. : Nous nous sommes réunis en conseil épiscopal le vendredi 29 novembre pour faire le bilan et parler de la suite.

Que va-t-il se passer à présent dans notre diocèse pour que tout ce qui s’est dit à Lourdes porte du fruit ? 

J-E.G. : Pour le moment je continue ma mission sur l’écologie intégrale et nous allons voir pour la suite avec les évêques. J’essaye d’être, au quotidien, un exemple de l’écologie intégrale à ma mesure.

Le nouveau projet missionnaire diocésain vient d’être mis en place, peut-on aussi parler d’un « élan missionnaire écologique » ?! 

J-L.M. : A Lourdes, nous avons évoqué avec nos évêques, que cette question « écologie » soit prise en compte dans chaque espace missionnaire ; et il y a bien sûr le label « Eglise verte » à faire vivre.

J-E.G. : Il va falloir, dans chaque espace missionnaire, un élan missionnaire écologique. Certains espaces (ancien secteur) sont déjà bien avancés, d’autres débutent mais je suis à la disposition de chacun pour faire avancer les choses, soit avec le label église verte, soit plus simplement.

Avez-vous des idées de belles choses à mettre en place ici ?

J-L.M. : On s’est dit des choses à Lourdes. J’ai renvoyé un mail à nos deux évêques avec des idées (6 heures de train pour revenir, cela laisse du temps pour « digérer »!) mais tout cela doit être creusé, affiné. Il faut voir ce qui est réalisable avec nos forces et nos faiblesses. Il faut avancer ensemble.
L’écologie n’est pas que l’affaire de quelques uns. En sachant que l’on fait déjà des choses.
Il faut peut être y mettre du sens, le faire savoir et être présents aussi dans des lieux non-Eglise qui travaillent cette question.

J-E.G. : Beaucoup d’idées : des jardins partagés dans les lieux disponibles du diocèse, des balades pour contempler la création, acheter plus de produits locaux et équitables (artisans du monde, …), prendre plus en compte les plus pauvres et les exclus dans nos paroisses. Intégrer les personnes avec un handicap dans nos actions/célébrations…

Les évêques ont-ils des attentes particulières vous concernant ?

J-L.M. : Je ne sais pas les attentes des évêques vis-à-vis de moi. Rien n’a été dit dans l’invitation qui m’a été faite pour aller à Lourdes.

J-E.G. : Oui sûrement !!! J’attends leurs directives.

Qu’auriez-vous envie de dire aux personnes de notre diocèse au sujet de l’écologie ?

J-L.M. : Au sujet de l’écologie, notre Foi nous invite fortement à investir ce chantier. L’écologie intégrale ne peut pas nous laisser indifférents. C’est aussi une belle question transversale et intergénérationnelle. Cela réchauffe la planète mais ça peut aussi réchauffer notre Eglise. A priori, l’expérience d’inviter 2 laïcs à chaque assemblée plénière sera renouvelée….si vous êtes invité, n’hésitez pas !

J-E.G. : Plusieurs choses : Commencer par lire l’encyclique Laudato Si’ (abordable à lire ). Penser à la phrase du Pape François «moins de biens, plus de liens». Moins de temps devant les écrans mais plus de temps en famille ou dans la nature pour s’émerveiller de la création. Moins de viande mais de meilleur qualité, des fruits et légumes de saison et local (nous avons  la chance d’avoir des merveilleux producteurs qui vendent souvent moins cher que la grande distribution). Un sourire au sdf en bas de mon immeuble, s’entraider, mutualiser des objets (outils, matériel de cuisine…) plutôt que de tout acheter, faire réparer… Faire attention à nos déchets.

Retrouvez plus d’infos sur le Label Église Verte !


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