Homélie pour l’Épiphanie à l’occasion de l’installation de l’Espace missionnaire Sedan-Yvois, dimanche 5 janvier 2020 - L'Eglise Catholique à Reims et dans les Ardennes

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Homélie pour l’Épiphanie à l’occasion de l’installation de l’Espace missionnaire Sedan-Yvois, dimanche 5 janvier 2020

Chers amis,

cet évangile des Mages qui partent à la rencontre d’une étoile pour trouver un enfant-Dieu mérite que l’on s’y attarde. Comme nous allons le voir, ils peuvent être des modèles pour chacun de nous, une provocation à être de meilleurs croyants.

Ces hommes sont des chercheurs, des scientifiques de leur temps. Ils ne sont pas enfermés dans leur suffisance ou dans leur orgueil. Ils savent qu’ils peuvent encore apprendre. Ils scrutent le ciel et admirent la voute céleste avec toutes ces étoiles, immobiles et stables dans leur beauté. A leur époque, beaucoup assimilaient les étoiles aux divinités. Elles ne changeaient pas, elles n’étaient pas sujettes aux aléas du climat. Elles ne connaissaient pas la dégradation ou la putréfaction. Encore moins la mort.

C’est à l’aide de leur seule intelligence, et peut-être d’un travail en équipe, qu’ils ont repéré une nouveauté parmi les étoiles. Cette découverte insolite est tellement inattendue qu’elle a suffi à les mettre en route, persuadés qu’ils étaient qu’une nouvelle étoile ne pouvait qu’être le reflet d’un événement terrestre remarquable pour lequel ils vont préparer des présents significatifs.

Les voilà en route. Mais il se trouve que malgré tout leur talent, ils ne peuvent arriver au but sans demander de l’aide. Ils ont parcouru tout le chemin que la sagesse et l’intelligence pouvaient leur permettre mais ils ne peuvent faire les derniers kilomètres sans l’aide des croyants de Jérusalem. Curieusement, ceux qui n’ont pas la foi ont vu l’étoile mais ne savent pas où se rendre exactement et ceux qui ont la foi savent où elle devrait apparaître mais ils ne l’ont pas vue. Les scribes donnent l’information, mais ils ne se mettent pas en route avec les mages. Ils attendent qu’on leur fasse un rapport.

Ce premier commentaire doit nous amener à nous poser quelques questions. Est-ce que nous cherchons la vie et la vérité avec toute notre intelligence et toute la sagesse acquise par les hommes. Est-ce que nous honorons ce don de Dieu extraordinaire que nous sommes à nous-mêmes ? L’Ecriture elle-même affirme que « l’homme a été livré à son propre conseil » Si 15, 14. Nous pouvons déjà par nous-mêmes trouver le chemin de la vérité et de Dieu. Cependant, l’intelligence ne peut tout trouver par elle-même. Elle a aussi besoin de la Révélation qui vient par la foi. L’intelligence authentique a l’humilité de savoir qu’elle ne peut tout, même si elle peut beaucoup.

Par ailleurs, si nous empruntons maintenant la posture des croyants de Jérusalem, pouvons-nous imaginer que des personnes viennent nous demander le chemin pour aller à la rencontre de Dieu ? Saurons-nous leur donner les explications ? Les accompagnerions-nous sur la route ou nous contenterions-nous de leur donner quelques bouts de notre savoir sur notre foi que nous ne vivrions que du bout des lèvres ? Même les païens peuvent provoquer notre foi à être plus vive ! Celles et ceux qui demandent à être baptisés adultes sont au milieu de nous comme ces Mages qui se sont mis en route et qui sollicitent notre aide.

Mais poursuivons notre route avec les Mages, désormais munis des informations nécessaires pour accomplir leur voyage. Qu’elle n’est pas leur surprise. Ils pensaient sans doute trouver le reflet d’une divinité immuable, puissante, à l’image des étoiles si magnifiques qu’ils avaient coutume de contempler la nuit et voilà qu’ils trouvent un nouveau-né couché dans une mangeoire. Les voilà convoqués à une conversion considérable : l’étoile qui domine toutes les autres n’est pas comme les autres. Dieu est présent dans la faiblesse humaine, Dieu épouse la faiblesse humaine et pour autant, ce faisant, il ne se renie pas dans sa divinité.

Devant ce mystère inimaginable auquel la sagesse et l’intelligence humaine ne pouvaient accéder par elles-mêmes, nos Mages confessent leur foi en offrant les trois présents que nous connaissons par cœur : l’or pour le Roi, l’encens pour la divinité, la myrrhe pour celui qui connaîtra l’humaine mort. Partis scientifiques, voilà que sans perdre leur science, ils deviennent croyant. Et quelle foi que la leur ! Il n’y a rien à y ajouter et rien à enlever.

Enfin, l’expérience spirituelle qu’il viennent de faire les a transformés en totalité. Voilà qu’ils ont accès à la profondeur de leur être. Une oreille nouvelle s’est ajoutée à leur humanité. Ce n’est pas seulement le monde qu’ils peuvent observer, mais Dieu qu’ils peuvent désormais écouter et qui leur parle en songe. Le chemin du retour ne pourra se faire sur les trace de celui qui les a conduit à Bethlehem. Certes, il ne faut pas faire le rapport qu’Hérode leur avait commander. Mais plus profondément, lorsqu’on vit une telle expérience, on ne peut rebrousser chemin sur ses pas. Et si l’on retourne chez soi, ce ne peut être que sur un chemin nouveau. Nouveau dans sa géographie sans doute, mais plus encore par le regard que désormais on porte sur ce monde. Un monde que Dieu aime infiniment plus que le cœur et l’intelligence de l’homme pouvait imaginer. Il leur faudra certainement toute leur vie pour déployer toutes les conséquences de cette nouveauté. Et, à vrai dire, voilà 2000 ans, qu’en Eglise, nous essayons de le faire à leur suite.

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Chers amis, Cette méditation sur l’épiphanie introduit ce moment qu’il nous faut vivre maintenant : l’installation de l’Equipe Pastorale de l’Espace Missionnaire du Sedan-Yvois. Puissiez-vous mettre toute votre foi et toute votre intelligence au service du mystère de notre vie que nous venons encore de contempler ce matin.

Il est bon de rappeler ce qui a présidé au bouleversement pastoral que nous allons vivre dans le diocèse de Reims.

Avec le temps, nous avons peut-être oublié que la raison d’être de l’Eglise est la mission. Les stages pratiques que les apôtres ont dû accomplir à la demande de Jésus sont d’abord des stages missionnaires : annoncer le Règne de Dieu et guérir les malades. Avec le temps, mais aussi avec la diminution des vocations de prêtres et de religieux, nous nous sommes concentrés sur la gestion et l’organisation de la vie chrétienne. Cela était nécessaire. Mais ce faisant, nous avons oublié que lors de l’ordination des prêtres, l’évêque leur dit qu’ils sont d’abord ordonnés pour :

  1. Annoncer la Parole de Dieu,
  2. Sanctifier le Peuple de Dieu
  3. Construire et guider l’Eglise

Depuis près de 500 ans, nous pensons que l’évangélisation de notre pays est accomplie et qu’il suffit de l’accompagner par la meilleure des organisations. En réalité, l’évangélisation est à refaire à chaque génération, pour chaque homme et chaque femme, pour chaque enfant qui vient au monde. Depuis près de 500 ans, ce sont les prêtres et parmi eux les curés qui donnaient le ton de la vie des chrétiens.

Eh bien ! aujourd’hui, ce n’est plus possible ! Il nous faut tous redevenir missionnaires et il faut redonner du temps missionnaire à nos prêtres de telle sorte, qu’avec eux, tous vous retrouviez la joie de l’évangélisation et vos propres racines chrétiennes. Votre joie ne viendra pas du nombre de convertis que vous ferez et votre tristesse ne dépendra pas du peu de succès de vos missions. Jésus nous rappelle que notre joie vient du fait que nos noms sont inscrits dans le ciel. Vous connaîtrez des réussites et des échecs. Les premières vous encourageront, les autres vous feront goûter parfois de l’amertume. Mais n’oubliez jamais d’où vient votre joie !

Pour parvenir à donner du temps à la mission lorsque l’on est déjà saturé par les activités ordinaires de la vie chrétienne, il n’y a qu’une seule méthode : il faut commencer par la mission. Le reste viendra comme il pourra. Mais si nous ne le faisons pas, le dernier qui sortira de l’Eglise, éteindra la lumière, fermera la porte à clef et ce sera fini.

Voilà pourquoi, nous avons créé 11 espaces missionnaires dont celui du Sedan-Yvois. La priorité des priorités sera d’y organiser des missions, d’aller à la rencontre des gens, de leur annoncer la proximité du Règne de Dieu et de prier pour la guérison des malades. Avec l’archevêque et l’équipe diocésaine missionnaire, nous l’avons fait avec des moyens très simples. C’est vraiment possible.

Evidemment, il est toujours nécessaire de nourrir la foi des chrétiens, tout spécialement à la source de l’eucharistie. C’est pourquoi, par espace missionnaire est institué un lieu eucharistique unique dans lequel, chaque dimanche de l’année et à la même heure, on pourra non seulement y célébrer l’eucharistie mais y trouver avant des temps de rencontre, de catéchèse, de formation et tout ce que vous pourrez inventer avec la grâce de Dieu. Et après, d’autres choses comme un temps convivial et fraternel. Son animation ne dépend pas des seuls chrétiens de l’ancienne paroisse sur lequel il se trouve. Son animation relève de la participation de l’ensemble des membres de l’Espace missionnaire.

Rien n’interdit qu’avec les forces vives qui sont sur votre espace il y ait d’autres messes en d’autres lieux, même le dimanche. Mais un seul lieu porte le nom de « lieu eucharistique » et c’est lui qui doit avoir la priorité de vos énergies. Avec l’archevêque, nous comprenons très bien les difficultés de déplacement et d’organisation. Et nous savons que c’est un bouleversement important que nous vous demandons. Mais la certitude est que si nous ne faisons rien, vos prêtres mourront d’épuisement. Ils ne sont que 27 de moins de 70 ans pour l’ensemble du diocèse de Reims.

C’est à ce point que si vous en voyez deux le dimanche sur le lieu eucharistique, il ne faudra pas considérer cela comme un scandale. Il pourra bien y avoir tel ou tel jour plusieurs formations, plusieurs modes d’accueil, … L’un ou l’autre pourra ou devra parfois aller se former, prêcher une retraite un WE pour des couples, voire, légitimement, prendre un peu de repos comme vous le faîtes vous-mêmes.

Il me reste enfin à évoquer les fraternités de proximité que nous appelons de nos vœux. L’Eglise ne se résume pas à ses prêtres. Vous êtes tous ici, la présence de l’Eglise partout où vous vivez, dans vos villages et dans vos quartiers. Beaucoup ont déjà l’habitude de se rassembler pour un groupe de partage biblique, pour prier le rosaire ou pour assurer des services auprès des plus pauvres d’entre nous. Il s’agit de développer ce signe concret de la vie chrétienne pour vous-mêmes d’abord et pour ceux qui nous regardent ensuite. Si l’on peut dire de nous : « voyez comme ils s’aiment, voyez comme ils prient, voyez comme ils servent », alors ce sera gagné. Ce que vous perdez en termes de messe, il faut le retrouver d’une autre manière en termes de fraternité de proximité comme l’extension eucharistique de ce qui aura été vécu ici même. Une charte pour aider à la création de ces fraternités devrait sortir cette semaine.

Voilà mes amis. Je ne détaille pas tout le reste pour ne pas surcharger notre célébration. La transition sera longue et sans doute compliquée. C’est normal mais ça ne veut pas dire que l’on se trompe.

Je vous remercie infiniment, prêtres, diacre, religieuses et laïcs engagés de votre confiance et de votre courage pour accueillir ce projet diocésain. Je suis persuadé que si nous le mettons en œuvre, à notre rythme et avec les moyens qui sont les nôtres, d’autres nous rejoindront et des jeunes se diront : « Si c’est cela la vie chrétienne, si c’est cela être prêtre, alors pourquoi pas moi » !

Mgr Bruno Feillet
En l’église St-Charles de Sedan


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